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CHAPITRE VIII

ORGANISATION ECONOMIQUE. LA MISE EN VALEUR. - AGRICULTURE. LA CULTURE DU RIZ. LES CULTURES RICHES. - LE CONCOURS DU GOUVERNEMENT. - LE RÔLE DE LA COLONISATION FRANÇAISE. - LE TRAVAIL ASIATIQUE. L'OUVRIER AGRICOLE ET LE PETIT ARTISAN. - INDUSTRIE ET COMMERCE.- LE REGIME DOUANIER. NECESSITE DE DEVELOPPER LA PRODUCTION ET L'EXPORTATION. - LA MARINE MARCHANDE.

Dans l'organisation économique de l'Indochine, les moyens d'État préparent, et facilitent puissamment, le travail de la mise en valeur : mais, l'œuvre de l'Etat accomplie, ce travail tout entier reste à faire. L'avenir économique du pays est, à la lettre, entre les mains de ses habitants indigènes, que viennent aider, instruire et diriger aujourd'hui ces colons français, tous les jours plus nombreux, dont la venue donnera à l'exploitation de la richesse du sol et du sous-sol indochinois la forme savante et diversifiée que comporte une exploitation moderne.

Cette richesse n'avait guère connu jusqu'ici d'autre mode d'exploitation que celui de l'agriculture, et même, pendant longtemps, de la monoculture. Encore maintenant, malgré la complication progressive de la vie économique en Indochine, la production prépondérante, la production nationale reste le riz , dont l'Indochine exporte par an près d'un million de tonnes. Le riz semble d'ailleurs avoir, sinon pour patrie, tout au moins pour terre de prédilection, l'ensemble de la péninsule indo-chinoise, où sont groupées, dans les magnifiques deltas de l'Irawaddy, de la Salwen, du Ménam, du Mékong et du Fleuve Rouge, les principales régions rizicoles du monde entier (1) . Notre pos-

(1) Dans ces régions la production dépasse, quence rend le service de ravitailler de grands d'une manière générale, de beaucoup la con- pays voisins comme l'Inde, Java, le Japon, sommation . et l'exportation qui en est la consé- l'archipel philippin , et surtout la Chine , où la

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session même donne du riz partout où n'est pas la pierre ou la forêt, et où il y a de l'eau en quantité suffisante : on rencontre des rizières jusque dans certaines régions montagneuses, maigres tt rizières de montagnes», il est vrai, accrochées en gradins à flanc de coteau, et qui ne fournissent au paysan qu'une alimentation assez pauvre. Sur toute l'étendue du territoire d'ailleurs c'est le riz qui forme, avec le poisson salé, l'élément principal, et parfois malheureusement l'élément unique, de l'alimentation des indigènes, et c'est encore une variété de riz qui sert à préparer leur alcool. — La culture du riz, dont les diverses phases marquent des dates de la vie asiatique, et fournissent aux artisans natifs leurs motifs de décoration les plus familiers, est pratiquée, depuis notre arrivée, comme elle a toujours été pratiquée depuis des siècles. L'indigène, rompu par la tradition à cette culture, au demeurant délicate, y a acquis un tour de main auquel il'ne nous reste pas grand'chose à ajouter. Le bon effet de notre présence se manifeste ici d'autre sorte : si elle n'a guère aidé à cultiver mieux les rizières, elle a du moins permis d'en cultiver bien davantage. D'une manière générale d'ailleurs l'une des conséquences les plus directes, les plus immédiates, et aussi les plus aisées à contrôler, de notre occupation en Indochine est l'extension progressive et régulière des cultures. Ce phénomène se manifeste partout, non seulement par la réoccupation des villages et des terrains qu'un long état de guerre avait fait abandonner, mais encore par l'occupation de terrains non-

culture du riï est également 1res développée,- l'Italie seulement (où un congrès de riziculture

mais ne suffit pas à nourrir une population s'est tenu à Novare, en octobre igoi). la

nombreuse. — On sait qu'il y a également du superficie cultivée en rizières à 1 80,000 hec-

riz dans le Sud de l'Europe. M. Josselme, vice- lareseuviron.il y en aurait h un à 5oo cultivés

président do la Chambre d'agriculture de jusque dans notre Camargue française, mais

Cochinchiue, dans le rapport qu'il a publié ne servant qu'à préparer le terrain pour

à la suite d'une mission que lui avait confiée d'autres cultures et ne donnant pas de ImW-

)p dernier Gouverneur général, estime, pour lires.

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veaux qui n'avaient jamais été mis en valeur de mémoire d'homme, ou qui, peut-être bien, ne l'avaient même jamais été du tout. Dans les régions comme celles de Thaïnguyen, de Hunghoa, de Tourane, les habitants défrichent les collines; dans le Yenthé, le Dongtrieu, si éprouvés jadis par la piraterie, ils réoccupent d'anciennes rizières; dans les plaines de Kep, de Sontay, de Bacninh, de Phanrang, l'irrigation, soit officielle soit privée, livre, nous l'avons vu, à la culture de grandes étendues de terre, jusque-là restées improductives. Des résultats analogues sont obtenus dans le delta cochinchinois par une méthode inverse, celle du drainage. Les résultats sont même ici particulièrement remarquables : le Directeur de l'Agriculture et du Commerce, qui a relevé, pour l'année 1901, une superficie de 1,99/1,557 hectares de rizières inscrites à l'impôt foncier de Gochinchine, ef donnant, en outre des quantités nécessaires à la consommation locale, une exportation de 7 58,539 tonnes, estime que l'accroissement des rizières en ce seul pays serait de 3o,5oo hectares par an. Un arrêté du Gouverneur général, pris en 1893, et qui reproduisait fort sagement cette disposition de la loi annamite que la terre appartient à qui la met en culture, a permis à nos administrateurs des S. G. d'obtenir de la prestation indigène volontaire le creusement de canaux dont les berges étaient ensuite accordées, en concessions de 10 hectares, à chacun des travailleurs. Un ancien tong-doc avait fait, pour sa pari, creuser, de ses propres moyens, à Caïbé, près de 100 kilomètres de canau\. L'immense marécage connu sous le nom de plaine des Joncs est ainsi réduit peu à peu, au double bénéfice de l'agriculture et de l'hygiène générale. L'exécution du programme de canaux entrepris par le service des Travaux Publics permettrait d'espérer, toujours d'après les calculs du Directeur de l'Agriculture et du Commerce, dans les seules provinces de Rachgia, Cantho, Baclieu, une mise en valeur de terrains riverains qui pourrait atteindre jusqu'à i5o,ooo hectares.

L'intervention française, qui a une action si directe sur l'augmentation de la quantité, ne laisse pas non plus d'être efficace pour l'amélioration de la qualité de la culture. Sans doute il n'y a guère à modifier, dans les opérations du labour, la confection des semis, ou mas, et le mode de repiquage, les procédés indigènes traditionnels, bien qu'ils soient des plus primitifs : le paysan se borne encore à gratter superficiellement le sol inondé de sa rizière, et surtout à le faire piétiner par ses buffles. Ne connaissant pas les engrais, il est, jusque dans les régions les plus fa v orisées, nécessairement obligé de cultiver avec jachère. 11 accepte de la terre ce qu'elle lui donne : il ignore qu'il pourrait lui en demander davantage. On est fondé à supposer cependant que, même sans pratiquer les derniers procédés de la culture intensive, on pourrait tirer peut-être de la rizière un meilleur parti, sinon en ) faisant un labour plus profond, du moins en pratiquant l'amendement raisonné du sol : le riz est une des céréales les plus épuisantes que l'on connaisse, et, encore que la rizière soit une terre naturellement très riche, et d'ailleurs enrichie tous les jours de nombreux détritus organiques (I) , on étudie en ce moment le moyen de lui restituer, sous forme de phosphates et de superphosphates, une partie de l'acide phosphorique que lui enlève cette culture. Surtout on tâche à perfectionner l'éducation du cultivateur, et à lui faire abandonner peu à peu l'impulsion de la routine pour des méthodes plus réfléchies, notamment pour l'emploi de la sélection dans les semences et dans les

(,) Dans une intéressante élude des terres de la Cochinchine, M. M.-Et. Lefeuvre, ancien directeur du laboratoire d'analyses et de recherches industrielles de Saigon , constate que la richesse des terres à rizière en acide phosphorique est liée à leur richesse en azote et en matières organiques, et que les terrains ainsi privilégies se rencontrent dans le delta

du Mékong (provinces de Gocong, Bentré.

Travinh, Soctrang), et ont, de toute évidence, été fertilisés par les inondations annuelles et les alluvions de ce fleuve. — Le taux moyen d'acide phosphorique serait de o.o85 p. 100 dans les provinces de Gocong et Soctrang par exemple, alors qu'il serait seulement de c.oa3 k Tayninh, et o.oao à Halien.

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