CHAPITRE VIII
produits des récoites destinés à être vendus. La chambre de commerce de Saigon, grand exportateur de riz, et directement intéressée par conséquent aux progrès de la riziculture, encourage par des concours et des primes l'amélioration du produit. Ses conseils tendent précisément à déterminer l'agriculteur indigène à choisir ses semences, le transporteur de grains à ne pas mélanger dans sa jonque les diverses espèces de grains qu'il apporte aux rizeries, celles-ci à leur tour à ne pas mélanger, à la vente, les divers produits de la décorti cation.
L'Indochine s'éloigne d'ailleurs de plus en plus de la monoculture. Bien que le riz y demeure, et doive j demeurer nécessairement la culture essentielle, sur tous les points du territoire se développent aujourd'hui, indépendamment des cultures maraîchères de la banlieue des villes, les cultures de patates, de haricots, d'arachides, de mûrier, de sésame, de diverses graines oléagineuses, de millet, de maïs, et enfin la série des cultures dites riches. — Ces dernières sont dues pour la plus grande partie à l'initiative des colons français. Après d'inévitables tâtonnements ils ont repris, et fait prospérer un peu partout, des plantations de poivre, de café, de thé, de coton, d'indigo, de canne à sucre, de manioc, de tabac, et de certains autres textiles. Ces plantations sont de date encore trop récente pour qu'on puisse se prononcer dès aujourd'hui sur leurs résultats : ces résultats dépendent eux-mêmes de divers facteurs, lesquels ne dépendent pas tous de la volonté des planteurs de l'Indochine. Leur éducation d'agriculture coloniale est aujourd'hui à peu près faite, par la science et par l'expérience; ils ont également réussi à former une main-d'œuvre, dont ils désirent seulement en certains endroits pouvoir fixer l'instabilité. Mais ils doivent compter encore avec les maladies des plantes, les intempéries des saisons, et surtout avec les débouchés offerts à la vente. Le riz a débouché partout : l'Indochine place le quart de son exportation en France.
et les trois autres quarts dans les pays d'Asie , Chine , Japon , Philippines, îles de la Sonde , etc . . . , où elle en pourrait placer bien davantage . la faculté d'absorption de ces pajs étant à peu près illimitée. En revanche, une partie des produits des cultures riches sont surtout destinés à la consommation européenne, nécessairement restreinte en Indochine, même en v comprenant les fournitures des troupes, et ils sont alors obligés de subir les conditions parfois difficiles de la lutte sur les marchés d'Europe. Le marché métropolitain leur est, il est vrai, un marché privilégié, — incomplètement privilégié, tant que les produits coloniaux j seront encore astreints au demi-droit qui frappe les importations étrangères, — mais non un marché exclusif. La consommation des produits exotiques n'j est d'ailleurs pas indéfiniment extensible : celle du poivre notamment ne semble pas très éloignée de sa limite. Les changements dans la législation sucrière métropolitaine rendent délicate l'importation des sucres indochinois. Les cafés ne sont guère sortis encore d'Indochine : ils auraient à compter en France avec la concurrence des cafés brésiliens. Les thés de l'Annani ont dû engager une lutte inégale contre la redoutable concurrence des thés de Ceylan, dont les planteurs, fortement syndiqués, ont dépensé des sommes considérables pour organiser, à Paris même, une publicité des plus parisiennes : les produits annamites paraissent avoir néanmoins aujourd'hui conquis leur place. Le caoutchouc est fié aux cours du marché d'Anvers. Des cultures comme le manioc, le tabac, les divers textiles, coton, jute, abacca, ramie, — et aussi la soie et les produits des forêts, semblent au contraire, avec les produits de l'exploitation minière et le riz, devoir trouver des débouchés particulièrement favorables dans la consommation métropolitaine. L'abrogation proposée de la détaxe du demi-droit, c'est-à-dire la concession de la franchise absolue, étendrait sans doute celte faveur aux autres denrées exotiques dont il a été parlé plus haut. Mais, de toute manière, ce serait pour