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CHAPITRE VIII

l'agriculture indochinoise une conception bien étroite, que la sécurité de la protection douanière tend, il est vrai, à encourager, que d'être hypnotisée par le seul marché métropolitain, alors que les conditions offertes sur le marché libre, et notamment sur les marchés des pays voisins de l'Asie, ne sont pour elle ni meilleures ni pires que les conditions offertes à l'agriculture des autres pays d'Extrême-Orient.

Le gouvernement français a beaucoup fait en Indochine, surtout depuis ces dernières années, pour aider à la mise en valeur du pays, et il y a accompli son double devoir de contrôle et d'assistance. Le contrôle se définit de lui-même : il consiste surtout dans une législation protectrice de la terre et de ses richesses, et dans un commencement de législation du travail , appropriée aux conditions du travail asiatique. L'assistance a été entendue non comme i aide directe donnée aux particuliers, sous la forme de ces subventions onéreuses et inefficaces qui font vivre injustement quelques-uns aux dépens de tous, mais comme la mise à la charge de l'Etat, avec le maintien de la sécurité publique, de tout ce qui est d'intérêt général, et notamment des œuvres telles que les grands travaux, et certains services d'études et d'information, qui dépassent visiblement les moyens et la compétence de l'initiative privée.

L'agriculture indigène a reçu de notre administration une sorte de consolidation du régime foncier. L'aliénation que les souverains d'Ànnam et du Cambodge ont faite de leur domaine au profit du gouvernement protecteur a confirmé la propriété en pays annamite, et l'a rendue possible au Cambodge. L'impôt ne frappe la terre que légèrement : le droit d'enregistrement a même plutôt secouru que lésé les petits propriétaires indigènes, en leur permettant d'obtenir, à la place des titres plus ou moins précaires qu'ils possédaient auparavant, des titres authentiques de leurs propriétés. Toutefois le gouvernement

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français n'a pas cru devoir aller plus loin, el introduire en Indochine les dispositions de VAet Torrens, qui ont pour effet de rendre la propriété mobilisable. Offrir à l'Annamite la l'acuité de pouvoir disposer de sa propriété à la moindre fantaisie, eut été l'exposer à la perdre presque à coup sur au jeu. Ce n'était point là une crainte chimérique : le tentateur, n'était pas loin, et on avait pu le voir à l'œuvre. Jadis, en effet, au moment de la récolte des riz, des Chinois parcouraient les rivières de Cochinchine avec des jonques où ils avaient réuni des distractions variées. Le paysan annamite, faible à la tentation, à la tentation du jeu surtout, perdait aisément en quelques heures toute une, récolte, souscrivait des billets à un taux honteusement usuraire. et se remettait à travailler le reste de l'année pour le Chinois. L'administration française a supprimé cette forme. particulière de servitude. Un peu partout d'ailleurs elle s'efforce d'affranchir l'Annamite de l'oppression chinoise, de le rendre à lui-même, de le faire s'enrichir : mais le -principal obstacle à ses efforts est dans le caractère de son protégé. Si Ton a actuellement grand'peine à acclimater te sentiment de la prévoyance chez les peuples les plus civilisés de l'Europe, l'éducation de l'Annamite à cet égard est entièrement à faire, et elle sera difficile à faire. La vie au jour le jour se prête à merveille à son humeur insouciante : toute l'année il vil chichement, et peine sur sa rizière; mais, la récolte venue, il vend son riz et dépense son argent jusqu'à la dernière sapèque à inviter ses amis, leur rendre visite, échanger des cadeaux et des compliments, jouer et faire bombance; après quoi il retourne à son champ avec philosophie. L'apparition de besoins nouveaux qui suivra nécessairement l'introduction des procédés et la diffusion des produits européens déterminera peut-être, avec un désir plus raisonné du gain, un commencement d'épargne. Quelques symptômes

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