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CHAPITRE VIII

à la malice française, des citoyens d'un peuple qui se plaît à renverser les souverains et les ministères, et qui est humble devant un guichet administratif, reçus avec importance par un fonctionnaire aimable mais incompétent, et même pas nécessairement aimable. Il suffit d'avoir fréquenté le Directeur actuel, M. Capus, si utilement secondé par sou sous-directeur, M. Brenier, ancien chef delà mission lyonnaise d'exploration commerciale en Chine, pour se rappeler qu'il a entendu son rôle autrement, et combien sa science est affable et simple. Il se considère comme officiellement chargé d'être l'ami de tous ceux. Européens et indigènes, qui s'emploient à la prospérité de l'Indochine, et il l'est en effet, — sans la moindre solennité officielle. Il visite les rizières et les concessions, fait faire des expériences et des- analyses dans ses laboratoires et dans les jardins d'essai répandus un peu partout en Indochine, fait dépouiller les rapports économiques des administrateurs chefs de province, les statistiques de la douane, les bulletins des chambres de commerce et d'agriculture, les communications des consuls, les publications françaises et étrangères comportant des études agricoles, industrielles et commerciales, et publie le résultat de ses travaux dans son k Bulletin économique», où les Français de l'Indochine trouvent des données très sûres dont on leur a épargné la recherche, encore que le bulletin s'enrichisse parfois de contributions intéressantes qui lui viennent de correspondants bénévoles, et où les Français de la mère patrie, s'ils prenaient la peine de le lire davantage, pourraient trouver le meilleur des périodiques qui se puisse consulter sur la vie économique de notre possession.

La Direction de l'Agriculture et du Commerce est en relations en France avec l'Ecole nationale supérieure d'agriculture coloniale, extension du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne, et surtout avec l'Office colonial de Paris, qui avait été fondé, d'ailleurs, par le dernier Gou-

verneur général , pour rendre à l'Indochine — à laquelle le Département a voulu adjoindre l'ensemble des établissements extérieurs — des services d'un ordre analogue à ceux, que les colonies anglaises reçoivent de leurs offices particuliers à Londres, qui font leurs affaires, et surtout qui les font connaître. Le grand ennemi des possessions coloniales, en effet, c'est l'ignorance : lorsqu'elles sont méconnues ce n'est, le plus souvent, que parce quelles sont inconnues. Le multiple et puissant effort déployé par le gouvernement en Indochine devait . demeurer inutile, et les millions dépensés l'eussent été en pure perte, si l'indifférence métropolitaine avait continué a refuser au pays le concours de capitaux et d'intelligences nécessaires à sa mise en valeur. L'action gouvernementale trouve ici rapidement ses limites puisqu'elle ne peut forcer la main à la bonne volonté des individus. En pays de peuplement elle a la ressource de pratiquer la colonisation officielle : la Russie, où l'organisation d'Etat est si puissante, a établi par ce procédé, le long de son transsibérien, d'importantes colonies de paysans et de cosaques. L'Algérie s'efforce de même d'attirer, par une publicité officielle bien comprise, des paysans français aptes à cultiver la terre, disposant d'un faible pécule, qui peut s'abaisser même jusqu'à 5,000 francs, et à qui elle destine des concessions de 35 à 6o hectares. Mais il faut à l'Indochine une colonisation toute différente. Quelques personnes, il est vrai, séduites par les souvenirs classiques des légions romaines et du maréchal Bugeaud, croient encore à la possibilité de la colonisation militaire dans notre établissement, el s'attendrissent à l'évocation du soldat-laboureur, échangeant contre la charrue le glaive de Gincinnatus : c'est là une image dont un voyage en Indochine dissipe, dès les premiers jours , la poétique inexactitude. Bien que l'avenir puisse réserver des surprises, et que certains plateaux à climat tempéré puissent s'ouvrir plus tard peut-être à la petite ou à la moyenne colonisation, pour le moment l'idée qu'un Européen

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