‹ L'IndochineChapitre 135 sur 218 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

travaille la terre en Indochine est tellement en dehors de la réalité, et même de la vraisemblance, qu'elle ne saurait venir un instant à la pensée de nos compatriotes d'Extrême-Orient. Aussi bien, même si le climat ne rendait pas dangereuse à l'Européen cette fantaisie , le travail indigène déjà existant la lui rendrait pour le moins inutile. La mise en valeur du pays a été en effet, dune manière d'ailleurs insuffisante, commencée avant nous, et elle se pratique, clans bien des cas, sans nous en Indochine. Il suffit de voir le paysan natif a sa rizière pour se rendre compte qu'il nj a pas beaucoup mieux à faire après lui que ce qu'il y fait depuis des siècles. Et, de même, il suffirait, à quelques jours de l'Indochine, d'avoir traversé la plus grande ville chinoise du Sud, cet étonnant grouillement humain de Canton, si industrieux et si riche, pour se convaincre que les Chinois n'ont pas attendu la venue de l'Européen pour apprendre a y faire fortune. Le k fardeau de riiomme blanc a est autre : il consiste à améliorer ce qui existe, et surtout à l'étendre, en apportant à la mise en valeur des pays asiatiques les procédés autrement puissants d'exploitation agricole, commerciale et industrielle dont dispose la civilisation occidentale. Mais ce rôle difficile ne peut nécessairement être confié qu'à une colonisation de choix, qui est, au reste, celle que peut donner le plus aisément une métropole, comme la nôtre, de natalité faible, mais parvenue à un haut degré de richesse et de culture intellectuelle. Les colons qui vont en Indochine \ vont pour faire œuvre d'éducateurs et de directeurs, et doivent avoir des qualités de conducteurs d'hommes : il n'j a pas place dans le personnel de la colonisation, pas plus que dans le personnel du gouvernement, pour les nonvaleurs et les invalides de l'existence métropolitaine. Chaque Français est en Indochine représentatif de la protection française , et ce que la protection française doit à sa possession c'est une élite. Elite du caractère aussi bien que de l'intelligence , puisque c'est son éner-

gie, autant que son savoir, qui assurera le succès de ses entreprises, puisque c'est de sa bienveillante douceur que dépendra le bon traitement des indigènes et leur attachement à notre cause, et puisque c'est aussi de son honorabilité industrielle et commerciale que dépendra le bon renom de la possession auprès de sa métropole : il faut souhaiter à l'Indochine d être à jamais préservée de la visite d'aventuriers qui y monteraient des affaires destinées à une déconfiture scandaleuse, parce qu'un scandale, accueilli sans réflexion par une opinion métropolitaine peu informée des questions extérieures, jetterait le discrédit sur les efforts si honorables faits jusqu'ici par la colonisation, et en entraverait pour longtemps la marche. H importe enfin que les colons Indochinois puissent disposer, surtout dans les débuts, des capitaux considérables que demande la mise en train des entreprises destinées à favoriser la production du pays. L'exportation du colon pauvre n'est pas plus souhaitable que celle du petit employé, et elle serait également fâcheuse pour leurs intérêts et pour ceux des natifs. Une interprétation abusive de la doctrine démocratique ne saurait ici faire illusion : si les établissements lointains doivent contribuer à l'amélioration du sort des Français de la métropole, c'est par voie indirecte, en étendant le rayonnement économique de celle-ci et en accroissant sa richesse et sa vitalité, en ouvrant des débouchés nouveauv qui augmentent pour ses enfants la somme du travail et le nombre ries emplois vraiment utiles, mais non en pratiquant l'assistance directe à sa place. De toutes les méthodes d'assistance que peut pratiquer une démocratie, il n'en est pas de plus détestable que celle qui consisterait à mettre les plus pauvres de ses nationaux en subsistance chez ses protégés. Si les dépenses militaires et les dépenses de gouvernement que payent à la France les millions d'indigènes qu'elle protège en Indochine se justifient par les services rendus, il n'en irait plus de même des secours, passages et rapatriements

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