‹ L'IndochineChapitre 138 sur 218 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

général en Commission permanente du Conseil supérieur. Les planteurs du Tonkin, de la Cochinchine, de l'Annam et du Cambodge ont été autorisés h avoir des gardes champêtres indigènes assermentés pour la surveillance de leurs concessions.

La législation de la terre doit être complétée par une législation du travail, qui est, en raison de la faible activité économique du pays jusqu'à ces derniers temps, à peine ébauchée encore. Elle ne concerne guère que le travail agricole, l'industrie étant, pour le moment, à l'état embryonnaire en Indochine. A mesure qu'elle se développera il sera sans doute nécessaire d'édicter une réglementation protectrice du travail indigène dans les manufactures : sur les plantations, où la vie du travailleur agricole est assez douce, et est d'ailleurs conforme à ses habitudes, la réglementation du contrat de travail a cherché surtout jusqu'ici à garantir quelque peu, dans la mesure nécessairement très réservée où peut intervenir le gouvernement en une matière si délicate, l'engagiste européen contre le sans-gêne avec lequel l'engagé asiatique rompait, en certaines régions, son contrat sans prévenir, en oubliant, le plus souvent, de restituer les avances qui lui avaient été faites. Un arrêté du Gouverneur général, pris en 1899, à la suite de plaintes unanimes des colons français, a rendu obligatoire, pour chaque ouvrier asiatique des villes ou des champs employé par un patron européen, l'usage d'un livret portant mention, en langue française et native, des conditions de l'engagement, conditions contrôlées et visées par les maires dans les grandes villes et les chefs de province dans l'intérieur. L'engagement est d'un an, et il est indéfiniment renouvelable. La rupture en est toujours possible pour l'une des parties, à condition de prévenir l'autre quelques jours à l'avance : mais la rupture inopinée est interdite , et des sanctions, d'ailleurs légères, essayent de la prévenir. Le gouvernement toutefois,

quel que puisse être son désir de favoriser les entreprises de nos compatriotes, ne saurait aller loin dans ce genre de protection, et c'est surtout d eux-mêmes , et du traitement qu'ils accorderont k leurs engagés, que les engagistes doivent attendre un respect plus fidèle des engagements pris. L'éducation de la main-d'œuvre est d'ailleurs incontestablement l'une des parties les plus difficiles de leur tâche : elle n'est toutefois pas au-dessus de leurs forces. La mobilité de l'indigène a tenu longtemps à ce que, ne possédant rien, et ne pouvant rien posséder en sûreté, il pratiquait l'insouciance de l'homme qui n'a rien à ménager parce qu'il n'a non plus rien à perdre. Depuis qu'il a cessé d'être dépouillé par les pirates, par les réguliers, par les mandarins et par les juges , il peut non seulement acquérir un gain plus fort, mais encore conserver ce gain, et ces conditions nouvelles de vie meilleure fixent tous les jours davantage son inconstance.

La main-d'œuvre chinoise est, d'une manière générale, plus résistante pour les travaux de force que la main-d'œuvre annamite, mais elle est aussi moins aisée à conduire. Au Tonkin, où elle a dû être employée dans certaines exploitations industrielles, les coolies venus des provinces voisines des deux Kouangs ont montré une humeur assez turbulente, et l'on essaye de s'en passer peu à peu. Dans le Sud de notre possession au contraire, où l'élément chinois est nécessairement en relations moins fréquentes avec la Chine, et d'ailleurs est recruté parmi les populations de l'île dç Haïnan et de la province du Fou-kien, de tempérament plus paisible, on leur fait volontiers bon accueil. L'accueil fait à la main-d'œuvre chinoise en Extrême- Orient varie au reste singulièrement avec les climats. Dans les pays où la main-d'œuvre indigène locale est bonne, ou seulement passable, l'immigration chinoise n'est acceptée qu'avec des réserves, et elle est astreinte à une sévère réglementation : c'est le cas du Tonkin aujourd'hui, et ce fut longtemps celui de la Cochinchine. Dans les

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