‹ L'IndochineChapitre 139 sur 218 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pays à climat tempéré, où l'immigration chinoise pourrait faire concurrence au travail européen, aux Etats-Unis et en Àustralasie par exemple, elle est, ainsi que l'immigration japonaise, écartée, comme rpeu désirable*, par des mesures quasi prohibitives (1) . Dans les pays tropicaux au contraire, à main-d'œuvre locale médiocre, comme les pays malais , elle est très recherchée , et les Etablissements anglais des Détroits sont en train de devenir une véritable colonie chinoise. — En Indochine, où existe une main-d'œuvre locale intéressante, que nous devons employer et favoriser avant tout, la main-d'œuvre chinoise ne saurait fournir qu'un appoint. Mais toutefois cet appoint, dans les

(,) Dans le numéro du journal le * Temps»

du 11 décembre 1909, un correspondant écrit de Wellington, à la date du 39 octobre, que ces prohibitions (les Chinois seraient astreints à verser a,5oo francs a la douane pour pénétrer en Australie ou en Nouvelle- Zélande) auraient pour conséquence de faire refluer l'immigration céleste sur notre colonie de Tahiti, où chaque émigrant n'est astreint qu'à un passeport et une visite médicale à l'arrivée, soit en tout ao francs : nos compatriotes commenceraient déjà, parait-il, à se plaindre de cette invasion jaune. — M. l'avocat général Daurand-Forgues, dans la très intéressante enquête qu'il a menée dans les Détroits, et dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, a rendu compte des avantages exceptionnels que l'administration coloniale anglaise y consentait pour attirer les Célestes. Ils ne sont assujettis à aucune taie de capitation. Ils sont considérés comme sujets anglais, justiciables de la loi anglaise, celle-ci tempérée d'ailleurs, dans la pratique, par une intervention de la coutume chinoise aussi large qu'il platt au juge. Il y a à Singapore deux juges de paix chinois, deux membres chinois

du barreau; un membre chinois siège dans le conseil législatif. La population chinoise a quatre journaux, et même une revue : The Strait$ chinese magazine. Singapore serait, d'après M. Daurand-Forgues, la seule ville d'Extrême-Orient où des Chinois auraient coupé leurs nattes et pris le vêtement européen. La concession du régime de faveur qui leur est accordé , que la faible importance numérique et politique de k population native rend sans inconvénient, s'augmente encore des avantages particuliers garantis par la réglementation spéciale de l'immigration : il existe à Singapore un Protecteur des Chinois, qui parle nécessairement leur langue, qui est assisté d'une chambre consultative exclusivement composée de Chinois de toute origine, et qui , avec son aide, exerce la police, contrôle les arrivées et les départs, vise et enregistre dans ses bureaux les contrats d'engagement Des agences de recrutement installées à Hong- Kong expédient sur Singapore des convois de coolies, qu'attendent les coohe-broktrt pour les diriger sur les plantations où on les demande. Le Protecteur peut les y suivre, et va en effet inspecter les plantations pour s'as-

régions méridionales , n'est pas à négliger. Les représentants de la Cochinchine et du Cambodge ont demandé à plusieurs reprises dans les chambres de commerce et d'agriculture, dans les divers conseils locaux, et jusqu'au Conseil supérieur, que des tempéraments fussent apportés aux rigoureuses quarantaines imposées par les médecins arraisohneurs au débarquement des immigrés venus des ports chinois, où la peste est à l'état endémique, et aussi que des modérations d'impôt fussent consenties aux nouveaux débarqués durant la première année de leur séjour. On leur a donné satisfaction en réduisant au minimum exigé par la défense de la santé publique les formalités et le temps de mise en observation des immigrants chinois, et en exemptant ces derniers du payement de la taxe de capitation pendant l'année de leur arrivée et Tannée de leur retour dans la colonie. Les consuls des ports d'émigration ont été priés de porter ces mesures bienveillantes à la connaissance des intéressés, et de leur annoncer en même temps qu'il v avait du travail pour eux dans le Sud de l'Indochine (1) . Les consuls contrôlent d'ailleurs la passation des contrats d'engagement, et il existe à Fou-tcheou notamment, pour les Chinois de la province du Fou-kien, qui émigrent en grand nombre, des contrats-types très soigneusement réglementés. Ce contrôle consulaire au départ pourrait sans doute se compléter utilement, en dehors du service déjà

surer par lui-même que les engagements sont respectés. Cette organisation aurait valu à Singapore, pour la seule année 1898, une immigration de 1 33,558 Chinois, venus pour la plupart des régions de Swatow (Chan-t'eou) et Amoy (Hia-men). — H y aurait un demimillion de Chinois environ dans l'Insulinde hollandaise.

(,) L'effet de ces mesures ne s'est pas fait attendre , et , pendant le mois d'avril 1 90 1 , on a reçu à Saigon 1 ,01 1 émigrants, au lieu de 5oi

qui avaient été immatriculés le mois précédent. — Les Chinois de Cochinchine, après avoir reçu leur fiche anthropométrique au service de l'immigration et de l'identification, sont répartis entre les i3 congrégations de la colonie chinoise. Les chefs des congrégations sont responsables de leurs nationaux devant l'administration française , et ils jouent à peu près les attributions des maires et notables du village annamite. — Il n'y a pas de congrégation chinoise à Singapore.

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