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CHAPITRE VIII

existant, et purement fiscal, de l'immigration et identification en Cochinchine , par un contrôle sur place , qui pourrait être exercé , avec tout le tact nécessaire, dans des tournées analogues à celles du Protecteur des Chinois à Singapore, soit par le Directeur de l'Agriculture et du Commerce, soit par des inspecteurs des Services Civils (1) .

Les salaires indigènes, encore qu'ils aillent en augmentant, sont à bas

(,) Les conditions d'un contrat de ce genre peuvent être intéressantes à relever à titre d'indication des conditions du travail asiatique. Mais il n'est pas inutile de rappeler auparavant que, parmi les erreurs où peut engager l'esprit d'assimilation , il n'en saurait être de plus grossière que celle qui prétendrait juger de la condition du coolie asiatique d'après celle de l'ouvrier d'Europe. Le contrat de Fou-tcheou comporte une journée de 9 heures , avec repos le dimanche, les jours de fête et le jour de l'an chinois, un salaire mensuel de 10 piastres, quelques vêtements renouvelés chaque année, trois repas de chacun deux plats (viande ou poisson et légumes secs ou frais) par jour, des soins gratuits , la retenue sur le salaire ne commençant qu'au bout du dixième jour seulement de maladie , l'exemption de toute taxe ou impôt, le transport et le rapatriement aux frais de i'engagiste, et une avance faite au moment du départ, récupérée peu à peu par une faible retenue sur le salaire.

Les salaires de la main-d'œuvre asiatique immigrée sont nécessairement plus élevés dans les pays d'immigration que dans son pays d'origine : l'ouvrier chinois des mines au Yunnan n'aurait, pour le moment, que 3 à 3 taëls par mois , soit 8 à 1 a francs. — Dans une série de très intéressantes études publiées dans les numéros de la <r Revue indochinoise * de novembre et décembre 1 902, sur la *coIoni-

1RDOCH1NE.

sation agricole au Tonkin» , M. Eug. Duchemin , membre de la chambre d'agriculture , et lui-même planteur fort expérimenté, donne, comme salaires d'ouvriers agricoles annamites , les chiffres de U piastres So à 6 piastres par mois pour les hommes, 3 piastres à 3 piastres 5o pour les femmes, et, pour un ouvrier chinois de Haïnan, 100 piastres par an (la piastre étant décomptée à a fr. 5o). Mais la forme du salariat est, en somme, assez peu employée pour le travail agricole, même pour les cultures riches : on tend à faire le plus possible du coolie un fermier ou un métayer, et surtout à laisser partout au travail la forme familiale, qui est la plus humaine en même temps que la plus conforme aux habitudes des natifs, et la plus favorable à la production. Des colons, nous l'avons vu, installent des familles sur des terres à rizière, leur avancent des buffles, des instruments aratoires et quelque argent : les premières récoltes sont laissées au métayer, qui rembourse peu à peu les avances; les récoltes suivantes sont partagées suivant une proportion déterminée, à moins qu'il n'y ait redevance fixe annuelle. Dans un contrat d'irrigation en Ànnam , la redevance est de a ho kilogrammes de paddy par maù de récolte, sans pouvoir dépasser le tiers de la récolte, les deux tiers restant toujours acquis au métayer. C'est la proportion également admise aux Philippines.

IMPKnilBIt XATIOSALI.

prix. D'après les renseignements qui nous ont été donnés on trouverait encore dans quelques campagnes , pour le travail agricole , des ouvriers à 10 et ta cents de piastre (environ o fr. 30 à o fr. 2 5 français) par jour. C'est le plus bas tarif, il est vrai, et les moyens salaires varient entre 30 et 3 o cents, soit o fr. 4o et o fr. 60 français environ. Cette moyenne est voisine de celle des salaires indigènes en Egypte , et sensiblement inférieure à celle des salaires japonais, qui serait de o fr. 76 pour les cultures ordinaires et de o fr. 95 environ pour la culture du thé, et aux salaires malgaches, qui seraient de o fr. 80 pour les ouvriers travaillant sur les concessions agricoles et forestières, et de 1 franc pour les terrassiers et manœuvres du chemin de fer. Le salaire le plus élevé d'un ouvrier annamite ne dépasse guère, pour le moment, 5o cents ou une demi-piastre, soit un franc environ de notre monnaie. — Les salaires chinois, qui rémunèrent un travail meilleur, sont aussi plus élevés. Le dernier des coolies n'a guère moins de 3o à ko cents par jour; les peintres, charpentiers, maçons atteignent 70 , 80,90 cents, et jusqu'à une piastre. — Les salaires sont appelés nécessairement à monter, surtout les salaires industriels , avec l'élévation générale du prix de la vie qui accompagnera le développement économique de notre possession. Mais, dès à présent, leur bas prix n'est pas de nature à faire redouter à notre industrie européenne un désavantage de concurrence, à supposer qu'il y ait concurrence possible entre l'industrie métropolitaine et l'industrie coloniale. La loi générale du xbadpay, bad worky 7) qui fait que le rendement d'une main-d'œuvre est en général proportionné à son prix de revient, et dont M. Albert Métin, dans les enquêtes économiques et sociales si autorisées qu'il a menées outre mer, a pu vérifier l'application en Egypte, en Australasie et aux Indes, se vérifie encore en Indochine : là comme ailleurs , ce qui ne coûte pas cher ne vaut pas cher, et, la plupart du temps, pour le travail industriel tout au moins, lorsque l'ouvrier asiatique reçoit un salaire très infé-

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