‹ L'IndochineChapitre 143 sur 218 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tervention officielle est nécessairement réservée dans son action, et l'éducation des artistes natifs sera faite principalement par leur clientèle. Jadis en pays annamite la protection des arts était entendue d une manière toute spéciale : lorsqu'un artiste remarquable était signalé à l'Empereur, il le faisait venir à Hué et l'enfermait dans son palais avec interdiction d'en sortir, et de travailler pour d'autre client que pour lui; — ainsi les rois de France assuraient aux artistes un logement au Louvre : mais ils y joignaient une généreuse pension , ce que le monarque asiatique négligeait généralement de faire. Le sort des artistes annamites est aujourd'hui meilleur : ils ont peine à suffire aux commandes, et la clientèle française les a, à la lettre, enrichis; il arrive souvent à tel argentier tonkinois de refuser en se moquant les commandes, quelque avantageuses que soient les offres. Leur travail a aussi gagné en qualité : à la période de trouble qui avait suivi la conquête, et où une production hâtive et à bon marché avait failli pervertir la facture indigène, a succédé une production plus éclairée, qui tient compte du temps, ce facteur essentiel des œuvres d'art, et à laquelle ne manque ni la libéralité généreuse de nos compatriotes, ni aucun des encouragements de cette bienveillance traditionnelle d'un peuple auquel rien de ce qui est effort de l'intelligence ou du goût ne saurait rester étranger.

C'est la collaboration de cette colonisation française et de cette main-d'œuvre native qui s'efforce de favoriser de toutes manières l'essor de la production en Indochine. Elle a commencé par accroître ce qui existait déjà, la production agricole et la petite industrie. Elle y ajoute aujourd'hui des formes d'activité nouvelles. Après la riziculture et les cultures riches elle entreprend l'exploitation des forêts, dont notre Indochine est généreusement pourvue, mais qu'il a fallu défendre cependant par une législation protectrice contre les habi-

tudes de dévastation irréfléchie de certains indigènes (1 l — Elle tente un peu partout des entreprises d'élevage, qui non seulement rendraient service à la consommation locale, mais encore fourniraient à l'exportation un élément rémunérateur d'échange. L'élevage des bœufs et buffles a été mené avec succès au Cambodge : il paraît susceptible d'un grand développement sur certains plateaux herbeux de l'Ànnam et dans plusieurs régions du Tonkin. L'importation des bœufs et vaches bretonnes, dont la rusticité s'accommode d'une humidité de climat à laquelle les a préparés leur climat d'origine, semble donner des résultats satisfaisants. Les troupeaux ont toutefois à compter avec deux sortes d'ennemis : le tigre, qui dans certaines régions est un véritable fléau, et les épizooties. Contre ces dernières, tout un système de protection vient d'être organisé par la constitution d'un service spécial des épizooties, comprenant des vétérinaires français et des auxiliaires indigènes, qui, tout en restant affectés à une région spéciale de l'Indochine, pourront se porter néanmoins ensemble vers les points où se donnera l'alarme, et constituer une sorte de défense mobile du bétail menacé. Sur toute l'étendue des frontières, il est assez difficile d'empêcher une infiltration des éléments contaminés; mais on s'attache du moins à préserver les sujets sains de nos troupeaux par des mesures énergiques de prophylaxie et des essais d'immunisation obtenus, avec un réel succès, par des vaccins prépa-

(1) Le chef du service forestier évalue à 5o millions d'hectares l'ensemble de la surface boisée de la Gochinchine, du Cambodge, du Tonkin et de l'Annam : celle de la France serait d'un total de 9 millions d'hectares , plus 7 millions d'hectares de terres libres. Un commerce de bois assez actif commence à se faire par le port de Saigon : des radeaux de bois de teck y descendent notamment du haut Laos, en

suivant le cours du Mékong, dont on a aménagé pour eux les passes. Ces bois sont frappés de taxes de flottage en Indochine; ou a récemment demandé qu'ils fussent dégrevés de droits à la sortie, pour favoriser l'exportation. — Ou sait qu'il est expédié annuellement 35,ooo à 4o,ooo tonnes de teck du port de Bangkok , et que cette expédition entre pour 1 o p. 1 00 dans le total des exportations du Siam.

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