‹ L'IndochineChapitre 145 sur 218 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

mais elle a été jusqu'ici mal préparée par les natifs (1 *. Les acheteurs français, aidés par le gouvernement, qui a poursuivi une fois de plus son rôle d'informateur et d'expérimentateur en installant un laboratoire de sériciculture à Namdinh, s'efforcent, par des conseils analogues à ceux que donne aux viticulteurs cochinchinois la chambre de commerce de Saigon, de substituer à l'empirisme routinier de l'éleveur indigène l'habitude de la sélection dans la récolte des feuilles de mûriers dont se nourrit le ver à soie, de la sélection des espèces de ver et de cocons, et l'emploi de procédés plus scientifiques de dévidage et de tissage. — D'une manière générale, d'ailleurs, les textiles semblent susceptibles, au double point de vue agricole et industriel, d'un grand développement en Indochine. Les expériences faites pour la culture de l'abacca , ou chanvre de Manille , du jute , que le Bengale était jadis seul à produire , et qu'une intelligente initiative a installée avec succès au Tonkin, et de la ramie, dont on fabrique à Canton des pièces si remarquables , semblent donner des résultats encourageants. Un autre textile, le coton, vient sur presque toute l'étendue de notre territoire : l'espèce en est particulièrement belle au Cambodge, trop belle même, paraît- il, pour alimenter les usines indochinoises, qui se limitent à la fabrication des tissus à bas prix : il prend donc le chemin du Japon. Les trois filatures établies jusqu'ici à Hanoï, Haïphong et Namdinh représentent un total de 5 0,000 broches, ce qui est encore bien peu , si l'on songe que l'Inde anglaise , quinze fois plus peuplée il est vrai que notre Indochine, en aurait près de quatre-vingt-dix fois davantage, soit environ k millions et demi de broches (2) . — Quelques ateliers métallurgiques, des briqueteries,

(I) La France importerait annuellement serait, il est vrai, très appréciée : il reste donc

près de 6 millions de kilogrammes de soie à notre possession une large marge pour la

grège, dont la moitié lui viendrait de Chine. production de cette denrée. L'importation indochinoise ne fournit encore w M. Georges Blondel, dans son livre sur

que 5oo,ooo kilogrammes dont la qualité *la France et le marché du Monde», dit qu'il y a

des fabriques d'allumettes,- une usine à papier, une cimenterie, cette dernière" installée à Haïphong, et tirant des îles de la baie d'Àlong un ciment qui passe pour de qualité excellente, ont été établis en outre, et fonctionnent avec succès. — Enfin, un commencement d'exploitation minière a déjà été tenté, et celle de certains charbonnages en particulier, est, dès à présent, fort prospère (1) . Les études et prospections faites à travers l'Indochine semblent montrer que , comme toute la péninsule dont elle fait partie, et où Ton trouve des exploitations minières au Yunnan, au Siam et dans les Détroits, notre possession a un sous-sol renfermant de l'or, de l'argent, de l'étain, du zinc, du fer, du plomb, qui paraît devoir lui réserver un avenir appréciable au point de vue de la production minière.

L'effort qui se tente aujourd'hui pour la mise en valeur, par les capitaux et les intelligences françaises, des ressources jusqu'alors inexploitées de l'Indochine semble donc, quelque modestes qu'en soient encore les débuts, quelque incertains que soient aussi en ce moment les résultats pour la plupart des entreprises , encore presque naissantes , devoir être considéré toutefois comme de bonne venue. On en pourrait juger à ce trait que la colonisation nouvelle cesse peu à peu de recourir exclusivement à l'Etat, en escomptant sous forme de subventions, privilèges, concession de travaux ou de fournitures, son aide plus ou moins déguisée. Elle ne demande plus guère à l'Etat que ce qu'elle doit régulièrement en attendre : une bonne législation politique, économique et fiscale, des renseignements savants et désintéressés, et de grands travaux publics. Pour le reste, elle compte davantage sur elle-même et commence à s'outiller et s'organiser seule. A côté des organes officiels

en 1901, dans l'Inde anglaise, 176 filatures et (1) L'exportation des charbons du Tonkin

tissages , correspondant à 4,456, 1 77 broches et est montée , pour 1 90 1 , à 1 68,000 tonnes, à «87,540 métiers occupant i56,o56 ouvriers.

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