CHAPITRE VIII
cessaire la recherche d'un important fret commercial. Le transit entre le Yunnan et les provinces chinoises maritimes, à travers le Tonkin, malgré les facilités offertes par le décret du 29 novembre 1892, qui réduit au cinquième seulement des droits ordinaires d'importation, c'est-à-dire à. un taux infime, les droits de transit, malgré l'ouverture des ce villes à traité» de Ho-k'eou, Mongtseu et Sseumao (Sseu-maot'ing), et malgré le bénéfice de l'admission temporaire et de l'entrepôt fictif consenti parla douane française, est demeuré , jusqu'à ces derniers temps, fort restreint, en raison du faible développement économique de la province yunnanaise (1) . Cette situation sera, semble-t-il, modifiée
(1) Il s'élève seulement, pour l'année 1901, à une valeur totale de 30,983,060 francs, comprenant, pour l'importation, surtout des cotons filés (5,197,388 kilogrammes de coton filé n° 10; 709,1 70 kilogrammes de coton filé n° 2 o) , et , pour l'exportation , à peu près exclusivement des saumons d'étain (3,673,913 kilogrammes en 1 901). Nous extrayons d'un très intéressant rapport de M. Levecque, directeur intérimaire des Douanes et Régies , sur le mouvement commercial -de l'Indochine à la date du si avril 1903, les indications qui suivent sur le transit à travers le Tonkin : <rLes filés de coton représentent plus de la moitié de la valeur des opérations de transit sur le Yunnan. Ces filés proviennent du Japon et de Bombay, et sont fournis par ces deux pays en quantités à peu près égales. Le Tonkin est cependant mieux placé pour approvisionner le marché du Yunnan. Il est regrettable que l'industrie intéressée ne se développe pas de façon à bénéficier de ce mouvement. Le Tonkin ne compte actuellement que trois filatures, dont deux en activité, et la troisième devant y entrer incessamment : les trois filatures possèdent ensemble 5o,ooobrochps et peuvent produire 7 tonnes défilés par
jour, soit s, 5 00 tonnes par an; mais cette quantité ne suffit même pas à la consommation locale, dont la moyenne est de 3,5oo h 4,ooo tonnes par an. Pour donner au Tonkin le complément de filés qu'il demande encore à l'étranger, et pour lui assurer l'alimentation du marché yunnanais, il lui faudrait un nombre de broches triple de celui existant.
En échange des produits qu'il reçoit de Hong-kong, le Yunnan n'envoie guère que de l'étain ; ses autres articles d'exportation ne font l'objet que d'un mouvement insignifiant. Le commerce européen tente, en ce moment, de détourner l'étain de cette destination, et a effectué, à titre d'essai, un envoi sur la France. Il est à souhaiter que l'échantillon soit conforme aux besoins; les navires français de la ligne d'Europe bénéficieraient d'un fret annuel de s,5oo à 3, 000 tonnes environ, dont profitent actuellement, en partie, les navires étrangers de la ligne de Hong- Kong, w — On sait qu'une exploitation des mines yunnanaises par les procédés modernes va être tentée, qui semble appelée à fournir, dès sa construction, au chemin de fer sinotonkinois un fret important de transit.
du tout au tout par l'activité des entreprises françaises au Yunnan, et surtout par la construction du chemin de fer, qui offrira au commerce chinois une voie d'exportation et de transit à laquelle aucune autre ne sera comparable en rapidité et aussi en sécurité. — Le transit de la Cochinchine et du Cambodge sur Battambang, le Laos et vice versa, s'est élevé, pour l'année 1901, à 9,5o3,4i7 francs. Le transit de Battambang sur Saigon est représenté par les paddys du Siam importés à Saigon par le Mékong : ces produits entrent en admission temporaire, sont transformés en riz cargo, puis exportés en franchise de tous droits.
L'essor de la production et des échanges qui doit assurer le développement économique de l'Indochine dépend essentiellement de trois facteurs : l'activité productrice de ses habitants asiatiques et européens, le régime imposé aux transactions par les droits de douane, l'état des moyens de transport au triple point de vue du nombre, de la commodité et du prix.
Un important outillage de transport à l'intérieur est, nous l'avons vu, actuellement en construction. — L'activité productrice des habitants, auxquels le gouvernement français assure aujourd'hui la paix, une administration régulière, une fiscalité qui s'efforce de pourvoir aux besoins du pays par des recettes souples et abondantes, sans en étouffer pourtant la vigueur par de trop lourdes charges, semble garantie à la fois par la qualité de la main-d'œuvre indigène et celle de la colonisation venue de France pour la diriger et l'instruire. Il est permis d'espérer que l'Exposition de Hanoï marquera le signal d'une nouvelle et vive impulsion donnée à la mise en valeur agricole et industrielle de l'Indochine. Il y reste à cultiver d'immenses étendues de terres libres, à développer les cultures dont les débouchés sont pour ainsi dire assurés d'avance, soit sur le marché français,