CHAPITRE VIII
soit surtout sur le marché asiatique, comme le riz, le tabac, le manioc, la calme à sucre, les divers textiles, à donner une grande extension à la production de la soie et à l'élevage, à fonder, à l'abri du tarif protecteur, des industries qui, sans faire double emploi avec l'industrie métropolitaine, qui se réserve la vente des produits auxquels leur prix permet de supporter la distance, la suppléeront pour la fabrication des produits qu'elle ne peut pas fournir à la consommation locale, et qu'elle peut fournir encore moins à la consommation asiatique extérieure , mettre enfin en exploitation les réserves minières dont la prospection a révélé la valeur et l'abondance sur des points très nombreux du territoire indochinois. L'exportation ainsi développée assurera vers le marché métropolitain un fret de retour qui est encore insuffisant aujourd'hui, et surtout fournira un fret d'importation vers les marchés asiatiques, où les frets de retour ne manquent point. C'est en vendant en grande quantité ses produits en Asie que l'Indochine s'enrichira suffisamment pour pouvoir acheter en grande quantité les produits plus chers que la France lui importera.
La prospérité de son commerce extérieur, et en général du commerce français en Extrême-Orient, dépendra avant tout de l'esprit d'entreprise et des facultés d'adaptation de ses commerçants. Il ne paraît pas nécessaire de reproduire ici les conseils bien connus, encore que bien peu suivis jusqu'à ces dernières années, que les consuls et conseillers du commerce extérieur de toutes les parties du monde n'ont cessé de prodiguer à nos commerçants sur la nécessité de pratiquer une exportation active en allant eux-mêmes provoquer les ordres de leur clientèle au lieu de les accueillir comme un hommage, en fabriquant à meilleur compte et en se conformant aux goûts et aux mesures des acheteurs indigènes , en leur accordant le crédit auquel ils sont habitués, en faisant faire auprès d'eux une publicité active
et pratique par des voyageurs parlant leur langue. — Mais les conditions du commerce sont aussi en partie liées à l'existence des droits de douane, et ces derniers sont assez souvent, on le sait, l'objet de vives critiques, tant de la part des commerçants étrangers que de nos propres commerçants. C'est une des thèses familières à une partie, \
non la plus éclairée sans doute , de l'opinion britannique que la France ne conquiert des colonies que pour les fermer aux autres nations par des tarifs douaniers cr illibéraux n , et que tout territoire occupé par la France dans le monde est un territoire commercialement perdu pour l'Europe. .11 faut faire dans ce grief la part de l'exagération jingoë, et, s'il n'est pas exact que le commerce étranger n'ait point une part considérable dans des établissements comme l'Algérie, par exemple, et en Indochine même, où le commerce allemand détient une part de l'exportation des riz, il n'est pas démontré non plus, si l'on en croit les récits de nos compatriotes, que le commerce français soit traité, en fait, avec grande faveur dans les établissements extérieurs des pays qui font le plus volontiers profession de libéralisme économique : les théories libérales , qui servent à merveille une nation puissamment outillée au point de vue commercial et maritime, tant qu'elle a sur le marché libre une supériorité sur ses concurrents telle qu'elle peut de la sorte écarter, au nom de la liberté, la concurrence, ne laissent d'ailleurs pas, dès qu'elles se trouvent en présence d'une concurrence redoutable, de composer avec la rigueur des principes, et de songer même, sans craindre de scandaliser l'école de Manchester, à des systèmes de défense exclusive analogues à une fédération intercoloniale et impériale, par exemple, qui serait bien la plus formidable machine de protection qui se pût imaginer. Les doctrines sont ici encore les étiquettes honorables dont se couvrent les intérêts : mais ceux-ci restent toujours , en fin de compte , le véritable mobile des actes des nations , comme de ceux des individus. Ce n'est là au demeurant qu'un cas