CHAPITRE IX
prennent d'ordinaire un caractère assez grave chez les Annamites du delta qui vont dans les régions montagneuses et boisées, et c'est sans doute une des raisons de la répulsion qu'ils professent pour la montagne. Dune manière générale, d'ailleurs, la race offre assez peu de résistance, et les cas de misère physiologique y sont nombreux : on y rencontre même des sujets atteints d'une maladie spéciale de misère asiatique, le béribéri. On conçoit aussi que, dans ces conditions de médiocre résistance organique et de mépris absolu de l'hygiène qui caractérisent la plupart des groupements natifs, les épidémies, lorsqu'elles s'abattent sur un pareil terrain, y pratiquent de larges hécatombes. Il semble d'ailleurs qu'en Extrême-Orient les maladies ordinaires d'Europe, qui se manifestent par cas individuels, viennent s'augmenter de calamités qui fauchent les hommes par grandes masses : la guerre, la famine, les typhons, les inondations, la variole, le choléra et la peste (l) . Il n'est pas trop pour lutter contre de si redoutables ennemis des puissants moyens de la science, et de toutes les forces réunies de la solidarité européenne et asiatique.
(1) Le choléra a visite successivement, au printemps de 190s, Port-Arthur, Yokohama, Tokio , Chang-hai , Hong-kong , Bornéo , et enfin Manille, où l'on signalait, le s 9 juin, au journal le * Temps» , qu'il y avait eu, en trois mois, dix à douze mille cas et six à huit mille morts. — La peste est à l'état endémique dans tous les ports de la Chine , où la maintient un état de malpropreté dont on peut difficilement se faire une idée quand on ne l'a pas vu et senti. Elle a de brusques réveils à certaines saisons de l'année et fait alors des victimes dont l'absence de toute statistique ne permet pas d'évaluer le nombre. La peste s'est également déclarée, ou tout au moins a pris la forme épidémique, à Bombay, en septembre 1896.
Le Rapport annuel déjà cité sur l'Inde britannique pour 1900-1901 estime que, depuis la fin de mars 1901 jusqu'à la fin de mars 1 90a , le total des décès reconnus imputables à la peste a été de 536, 600 pour la seule présidence de Bombay et de 3i5,4oo pour les autres parties de l'Inde, soit de 85 2,0 00 pour l'ensemble de l'Inde anglaise et des États natifs. Il ajoute que, si l'on pouvait faire entrer en compte les décès provoqués par la peste, mais non reconnus ou non déclarés comme tels, le total des morts dues au fléau atteindrait sans doute, jusqu'à la fin de mars 1909 , tout près d'un million. — Il a été rapporté que la population du Siam, qui est d'environ 6 millions d'habitants , n'augmentait pas , bien que
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Les œuvres d assistance en Indochine sont surtout des œuvres officielles. Mais l'assistance officielle elle-même a été précédée par l'assistance confessionnelle, qui est, encore aujourd'hui, à peu près la seule à la seconder : la mission catholique a établi quelques orphelinats, et quelques hospices pour les incurables, les lépreux, les vieillards et les indigents ; ces établissements reçoivent des budgets locaux une subvention légère, et sont en outre visités par les médecins coloniaux, qui soignent leurs malades w . La multiplicité des besoins auxquels le gouvernement doit suffire dans notre possession, avec des ressources qui trouvent assez rapidement leur limite , ne lui permet pas de consacrer la somme d'efforts qu'il faudrait à la suppression de misères malheureusement illimitées. Le budget général affecte tous ses crédite disponibles à l'exécution des grands travaux qui modifient les conditions de la vie en Indochine, et qui sont la forme la plus pressante, et aussi la plus efficace de l'assistance * r la dotation du chapitre consacré à l'assistance publique dans les budgets locaux pourra être
les races fussent très prolifiques , en raison de la mortalité infantile énorme, qui était de 3o p. i oo au moins dans l'intérieur, et qui atteignait la proportion effrayante de 75 p. 1 00 à Bangkok. Le quartier chinois de Bangkok , le Sampeng, très pittoresque à visiter, peut mériter l'estime des peintres , mais ne saurait prétendre à aucun titre à celle des hygiénistes. (l) L'ouvrage du P. Piolet sur «rLes missions catholiques françaises au m 8 siècle» déclare, pour le vicariat apostolique de la Gochinchine occidentale, qui est à vrai dire le mieux pourvu, 1 4 hôpitaux et 2 dispensaires avec i,4oo lits; pour le vicariat du Cambodge, 3 hôpitaux et 900 lits, sans compter les léproseries. Il y a des orphelinats de la Sainte-Enfance à Saigon , Mytho, Vinh-long, Cu-lao-gien, Sadec, Hué, Hanoï, Vinh et autres. A Hanoï, où le der-
nier Gouverneur général vient de fonder un hôpital indigène officiel annexé à la nouvelle École de médecine, existait déjà pour les natifs un hôpital de la mission, subventionné par le protectorat. L'aide accordée par l'administration aux œuvres d'assistance confessionnelle, en dehors de quelques subventions directes, se borne en général à prêter aux hôpitaux et léproseries le concours des médecins coloniaux et à prendre à sa charge le traitement de quelques sœurs infirmières : la modicité de ce dernier n'est, à vrai dire, comparable qu'à celle des traitements indigènes, puisque le plus bas traitement européen en Indochine commence à 3, 000 francs, avec augmentation rapide, et qu'elles en reçoivent seulement 1,300, qui ne comportent nécessairement aucune augmentation ultérieure.