CHAPITRE IX
du vaccin jennérien celle du sérum antirabique, et dun sérum antivenimeux contre la morsure des serpents dont il doit la découverte à son propre fondateur, M. le professeur Galmette, aujourd'hui directeur de l'Institut Pasteur de Lille. Un troisième Institut Pasteur a enfin été fondé en 1902 à Hanoï pour combattre également la variole et la rage; mais sa date de fondation est encore trop récente .pour qu'on en ait déjà pu apprécier les bienfaits. Les bienfaits de la sérothérapie sont au contraire parfaitement sensibles dans le Sud, où le service de la vaccine fonctionne avec régularité w . Le vaccin anti-
où, après le passage de la variole, il ne restait plus que des vieillards et des adultes. En Annam, en 1888, on jetait, dans certains villages de la cote, par dizaines, les cadavres à la mer : «C'est un fait connu, écrit M. le docteur Simond, qui relate ce trait, que dans les pays annamites où la vaccine n'est pas régulièrement assurée, tous les enfants contractent la variole et qu'elle occasionne plus des deux tiers de la mortalité infantile ... En 189a, dans les territoires du Tonkin où l'on n'avait pas pratiqué de vaccinations, 95 p. 100 des adolescents examinés, entre 1 5 et 90 ans, portaient des stigmates de la variole, et. . . cette affection comptait pour neuf dixièmes dans les causes de cécité, l'infirmité la plus répandue en Indochine.?) Au Cambodge, où la promiscuité déplorable des hommes et des animaux offrait à la maladie uu terrain trop préparé, la variole se maintenait à l'état endémique dans toute l'étendue du royaume, et elle revêtait à chaque instant le caractère épidémique. «D n'y a pas, dit le docteur Nogué, d'année sans épidémie. La proportion des enfants atteints est effrayante : 90 p. 100 , et celle des décès va de 60 à 70 p. 100."
(l) D'après un rapport de M. le docteur Métin. directeur actuel de l'Institut Pasteur
de Saigon, il a été fait, dans la seule année 1901, tant en Cochinchine qu'au Cambodge, un total de 1,069,763 vaccinations et revaccinations. La proportion des^uccès quia suivi ces opérations s'est élevée, depuis 1897, à une moyenne de 86.9 p. 100 pour les premières vaccinations , et de 1 p. 1 00 pour les revac* cinalions : le vaccin fourni actuellement par l'Institut Pasteur donne une moyenne de 91.5 p. 100 de succès entre les mains des vaccinateurs de Cochinchine. Il suffit de rapprocher ce chiffre des ravages que fait encore la variole sur les populations non vaccinées pour voir quel est le gain de vies humaines que l'on doit à la science médicale française. Des conserves de vaccin sont, en outre, délivrées à tous ceux qui en font la demande, gratuitement aux services de la Cochinchine, à titre remboursable aux autres pays de l'Indochine, aux colonies françaises et aux pays étrangers. M. le docteur Simond estime que, grâce à l'organisation économique de l'Institut Pasteur de Saigon, à la densité de la population , au concours gratuit des médecins et des administrateurs, il n'est pas de pays hors d'Europe où la vaccination revienne à un prix aussi peu élevé qu'en Indochine. Ce prix ne dépasserait guère fr. 99 et serait de moitié
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variolique, prélevé sur les bufflons, est confié à des médecins coloniaux vaccinateurs, qui effectuent des tournées à l'Est et à l'Ouest de la Cochinchine , et au Cambodge. Les indigènes ne se montrent pas trop réfractaires à leur intervention : l'intelligence des Annamites en a même rapidement senti le bienfait; mais l'apathie des Cambodgiens et des Laotiens est plus difficile à vaincre. C'est à quoi s'emploie le médecin vaccinateur, en se faisant aider dans ses tournées par les administrateurs et commis des S. C, familiarisés avec les habitants de leur province , et qui ont leur confiance : il apporte de son côté de menus cadeaux; il sait trouver à propos la plaisanterie qui fait rire une foule indigène , et qui la gagne ; il sait se faire bien venir par son tact et sa bonté ; surtout il sait guérir. Les populations natives ne s'y méprennent pas, et elles reconnaissent le passage du médecin français dans un pays à ce signe qu'il y a , après qu'il est passé , un peu moins de souffrances, et aussi un peu moins de morts.
Le succès des médecins vaccinateurs français leur a même suscité une concurrence : les Chinois, habiles à contrefaire toute marchandise européenne dont ils espèrent trouver le placement, se sont mis à fabriquer à leur tour de la pulpe vaccinale avec assez d'adresse , mais toutefois sans le moindre contrôle de préparation scientifique : des vaccinateurs chinois ou malais parcourent certaines régions de la
inférieur au prix des pays voisins : à Hong- Kong, Manille, Batavia, Singapore et au Siam, le prix serait de o fr. 35 au minimum, et atteindrait jusqu'à 1 fr. a 5 et a fr. 5o. Dans la province de Bombay, où le service est pourtant bien assuré, il serait de o fr. Ao. — Le service de la rage, à l'Institut Pasteur de Saigon, fonctionne également d'une façon satisfaisante, et n'a donné qu'une mortalité très faible de i.oi p. îoo (3 cas de mort pour qq5 personnes traitées du commencement de 1897
à la fin de 1901), soit une proportion sensiblement égale à celle des Instituts Pasteur d'Europe. L'Institut fait, en outre, la récolte du venin de serpent pour la préparation du sérum antivenimeux, qui est effectuée soit à Saigon , soit à Lille. Il reçoit également du sérum antipesteux des Instituts de Paris ou de Nhatrang. Enfin il poursuit dans ses laboratoires d'intéressantes recherches bactériologiques qui ont porté notamment sur l'étude de la dysenterie.