‹ L'IndochineChapitre 174 sur 218 · DOC111HE · texte numérisé non relu

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moutier, directeur de renseignement, écrit :

rrEn prenant d'une part pour base d'évaluation, les statistiques de la fréquentation des écoles, tant du protectorat que de la mission, de l'Alliance française et de l'enseignement mutuel , en tenant compte d'autre part des résultats des écoles des territoires militaires, des écoles libres des villages et des quartiers, la propagande des répétiteurs autour des écoles, dans les régiments de tirailleurs et de miliciens , on peut, sans être taxé d'exagération, porter à 5o,ooo le nombre des indigènes du Tonkin qui possèdent actuellement une intelligence suffisante de la langue française.?) H y a au Tonkin un enseignement franco-indigène, un

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de la vie du pays, 1 administration française s'est efforcée de diriger cet enseignement primaire dans le sens technique et professionnel, et, d'une manière générale, de tourner le plus qu'elle peut vers la production économique l'activité de nos protégés, jusqu'alors principalement dirigée vers la recherche des fonctions officielles (1) .

L'enseignement secondaire français n'existe pour ainsi dire pas en Indochine : on en trouve à peine quelques éléments au collège Chasseloup-Laubat et à l'Institution libre Taberd à Saigon, et on vient seulement de constituer un cours secondaire classique et moderne à Hanoï (2) .

enseignement aux enfants français , et un enseignement libre donné par les écoles de l'Alliance française, de renseignement mutuel et les écoles religieuses. Au 1" janvier 1 900 , il y avait une cinquantaine d'écoles franco -indigènes en Annam et au Tonkin, suivies par environ a, 5 00 élèves, sans compter les écoles de l'Alliance française et de l'enseignement mutuel. Il y avait 9 écoles municipales françaises à Hanoï, 9 écoles primaires françaises à Haïphong, 1 à Namdinh, 1 à Dapcau, 1 à Phulangtuong, 1 à Tourane : ces écoles municipales étaient suivies par 980 élèves français ou assimilés. — Une 'très curieuse expérience de mutualité scolaire a été faite au Tonkin , sous le nom de Société d'enseignement mutuel des Tonkinois , par l'initiative d'une dizaine d'interprètes et d'instituteurs indigènes qui se sont réunis en 1899, à Hanoï, pour s'apprendre à euxmêmes l'enseignement français : ils ont trouvé auprès de quelques-uns de nos compatriotes un patronage discret et bienveillant Une Société commerciale des Tonkinois a également été fondée à Hanoï, dans des conditions analogues.

(1) Des écoles professionnelles ont été instituées à Saigon, à Hué, cette dernière affectée particulièrement à l'étude des arts décoratifs , et à Hanoï. Mais, dans certaines régions

comme la Gochinchine, l'école a peu prospéré, le paysan ne désirant sortir de sa rizière que pour aller s'enfermer dans un bureau, et le préjugé contre le travail manuel étant tel , que l'administration des Postes et Télégraphes a eu quelque temps de la peine k recruter ses mécaniciens. Sur 60 élèves sortant en une année d'une école, 3 seulement sortaient dans l'industrie, le reste aspirant à connaître le plus tôt possible la grandeur et la servitude administratives. On a conservé , à Saigon , l'histoire d'un charron cambodgien, fort expert en son art, qui, envoyé au Laos, n'eut rien de plus pressé que d'abandonner sou métier pour se faire, de bon charron qu'il était, détestable interprète. Le gouvernement français a essayé de réagir contre cette tendance, et, afin de prouver aux indigènes que le commerce , l'agriculture et l'industrie ne .dérogent point», il a fait en sorte qu'ils pussent, au contraire, conférer la noblesse , c'est-à-dire le mandarinat , en donnant droit aux décorations de cet ordre du Mérite institué par le dernier Gouverneur général , et qui vaut à ses dignitaires les honneurs et les préséances auxquels les indigènes sont précisément le plus sensibles.

(,) Le cours a commencé avec un peu plus d'une centaine d'élèves.

Presque tous les Européens habitant notre possession font faire en France l'éducation de leurs enfants, soit à leurs frais, soit avec la concession de bourses , pour lesquelles des crédits sont prévus aux divers budgets locaux. Certaines grandes familles indigènes ont suivi cet exemple, et confié leurs enfants à des familles françaises qui ont dirigé avec soin leurs études à Paris : quelques-uns de ces jeunes gens, et non les moins distingués, ont repris en retournant en Indochine le vêtement et les habitudes dé la vie indigène, sans perdre pour cela le contact avec notre civilisation , dont ils avaient appris l'estime ; d'autres ont, au contraire, définitivement adopté le costume et les usages européens , et servent dans les rangs de notre armée , après avoir passé par l'Ecole de Saint-Cyr, ou suivent les cours de nos facultés de médecine et de droit, ou même se font inscrire à notre barreau. Le libéralisme français ne peut que réserver son meilleur accueil dans la métropole à ces nouvelles recrues , que leur zèle pour la civilisation occidentale et leur origine recommandent doublement à sa bienveillance. Et, de même , il peut être à la fois honorable et avantageux pour l'exercice de notre protection en Indochine , que les représentants les plus influents de la population protégée viennent chercher jusque chez nous une initiation à l'esprit de cette protection , qui les rendra plus aptes à en servir chez eux les desseins. Sans disputer d'ailleurs ici des mérites respectifs des civilisations orientale et occidentale, on est fondé à penser qu'elles ne peuvent que gagner à se mieux connaître : on a même des raisons de croire que l'enseignement scientifique , tel qu'il est donné par l'instruction européenne, constitue une bonne discipline d'esprit pour les intelligences asiatiques, remarquablement douées d'ordinaire au point de vue de l'imagination et de la mémoire, mais dont le raisonnement n'a pas une suffisante vigueur, et qui, habituées à se contenter des images flottantes de la poésie orientale, se fortifieraient sans doute à fixer leurs idées par la précision sobre de la science de l'Occident. Il

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est certain cependant que le même enseignement français, appliqué à des mentalités différentes, européennes ou asiatiques, donne des résultats différents , et aussi que , si les indigènes , laissés à eux-mêmes , ne prennent pas toujours dans notre civilisation ce que nous aurions aimé leur voir prendre , ils prennent en revanche assez souvent ce que nous aurions préféré leur voir laisser. La question est donc moins encore une-' question de principe qu'une question d'espèces, et les résultats obtenus dépendent beaucoup moins, contrairement à ce que Ton croit généralement, de la doctrine enseignée que de la manière dont on l'enseigne. Nulle part une bonne pédagogie ne fut plus nécessaire. L'expérience a prouvé que si l'éducation européenne a pu être profitable à quelques jeunes gens appartenant à des familles indigènes considérables par leur rang, leur fortune, leur culture littéraire, élevés eux-mêmes dans des familles françaises dune haute valeur intellectuelle et morale, et qui étaient assurés de trouver, avant comme après leur retour de la métropole , une situation importante dans leur pays, elle n'était pas, en revanche, sans inconvénient pour tel ou tel boursier annamite , passé sans transition de la rizière paternelle au triste internat d'un lycée de France , puis à la vie 'facile du quartier latin : venu de ces pays d'Asie cr respectueux jusqu'à la superstition des traditions anciennes??, où il nous souvient d'avoir vu les mandarins de Haïdzuong, en février 190a, tellement prosternés, dans le grand salut rituel , sur le passage de leur Empereur, qu'on ne voyait de leurs personnes qu'un moutonnement de robes bleues, à une grande ville frondeuse et révolutionnaire où le gouvernement qui protège cet Empereur est, dans les feuilles quotidiennes, l'objet de critiques les plus désobligeantes, il rapportait de ce contraste un peu vif, et de toutes les choses hâtives qu'il avait apprises sans les avoir comprises, une sorte de malaise qui s'accentuait encore à son retour, où il n'avait plus guère de place nulle part, et où il se trou-

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