‹ L'IndochineChapitre 176 sur 218 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

gènes de Cochinchine avaient consignés dans les cours du célèbre «collège des stagiaires» n'avaient pas été continués. Paul Bert, il est vrai, qui se plaisait à faire état de son titre de membre de l'Institut auprès des mandarins annamites, et qui comprenait que c'est surtout \ par l'intelligence qu'on gouverne un peuple de lettrés, avait dressé tout un programme d'instruction publique : il avait emmené de France , dans un entourage qu'il avait su particulièrement choisir, et dont les membres se sont eux-mêmes plus tard fait un nom , quelques jeunes gens formés aux méthodes savantes , et chargés d'entreprendre en Indochine l'étude scientifique du pays; il avait même fondé, le 3 juillet 1886, à Hanoï, une académie tonkinoise : il n'avait point eu d'imitateurs. A part quelques travaux brillants, mais isolés, comme ceux de certaines missions d'ingénieurs , des missions Doudart de Lagrée et Pavie, et de la mission de M. le Gouverneur général de Lanessan, l'Indochine demeurait à peu près inconnue , en dehors d'une connaissance purement empirique, à la plupart de nos compatriotes : la connaissance scientifique des phénomènes du sol, du sous-sol, de l'eau et de l'air était obscurcie d'erreurs et trouée de lacunes. L'histoire, à quelques exceptions près, était profondément négligée : il semblait que la vie de l'Indochine ne datât que de notre présence. Les matériaux qu'on avait essayé de rassembler précédemment dans les musées et les bibliothèques avaient été dispersés : on vivait à côté des inscriptions les plus vénérables sans les comprendre, et même le plus souvent sans essayer de les lire. Et ce dédain était parfois ce qui pouvait leur arriver de meilleur ; car plus d'un monument porte encore la mortelle blessure que lui fit une admiration intempérante, qui, pour enlever une statue ou un beau bas-relief, détruisit à jamais ce que le temps et les invasions n'avaient pas osé détruire : l'occupation française ainsi entendue ressemblait moins à la protection d'une République organisatrice, avide d'instruction et respectueuse de la pensée, qu'à une

sorte de campement hâtif de soldats barbares, qui auraient planté leurs tentes sur des ruines. Seuls, dans cette ignorance, quelques administrateurs, quelques officiers, et un ou deux missionnaires, maintenaient la tradition de la culture française et le goût des recherches désintéressées : leur effort était d'autant plus méritoire qu'il était rendu plus pénible par l'absence de préparation scientifique, d'instruments de travail, d'encouragement d'aucun genre, et qu'ils devaient faire route dans l'inconnu à peu près sans carte et sans boussole. C'est à leur persévérance que les études asiatiques doivent de n'avoir pas sombré tout à fait en Indochine. Les recherches de quelques-uns d'entre eux ont mérité même l'estime des compagnies savantes, et l'on sait, par exemple, toute la contribution apportée à l'étude des civilisations khmer, cham et annamite par les remarquables travaux de MM. Àymonnier, aujourd'hui Directeur de l'Ecole coloniale, et Silvestre, aujourd'hui professeur à l'Ecole libre des sciences politiques, travaux qui, exécutés ou commencés en Orient, se rencontraient avec ceux des orientalistes de l'enseignement supérieur français , travaillant en France d'après des copies d'inscriptions et des textes. Les savants de la métropole souffraient à leur tour, pour des raisons différentes , de l'absence d'institution scientifique en Indochine : ils redoutaient quelque peu, mutadis mutandis, ce que les derniers des écoliers qui ont fait du grec, il y a dix ans, ont pu éprouver pour l'hellénisme, où l'érudition allemande avait fini par encombrer de ses ouvrages consciencieux, mais énormes, toutes les avenues : l'hellénisme, que des maîtres athéniens représentaient comme quelque chose de cr léger, d'ailé, de divin n, comme la liberté dans l'harmonie, disparaissait enseveli sous les commentaires de l'Allemagne, et devenait le grec, cette chose maussade. La lettre avait eu raison de l'esprit, et le sens de la vie s'était perdu : ceux-là seuls pouvaient espérer le retrouver qu'une heureuse fortune conduisait faire, dans la lumière d'Athènes, leur prière sur

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