‹ L'IndochineChapitre 177 sur 218 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'Acropole. Les orientalistes français souhaitaient pour leur science la faculté d'un pèlerinage semblable aux sanctuaires, parce qu'ils craignaient aussi pour elle le même danger des productions parasites et des systématisations artificielles auquel l'exposait, suivant les termes dont se servait, dans un brillant article, M. James Darmestetei\ cp le divorce entre la recherche théorique et la connaissance pratique qui a été la loi de l'érudition allemande». — cr Elle s'est hypnotisée, ajoutait l'écrivain, sur un passé de convention, faute d'avoir cherché à la source du présent l'instinct de la réalité et de la vie : pour connaître, comprendre et revivre le passé, il faut avoir, si peu que ce soit, vécu le présent qui en vient, et qui seul peut rendre, par réflexion ou par écho, la couleur ou la voix de ce passé qu'il continue». Le besoin de reprendre contact avec la réalité, dans un pays où, d'ailleurs, nous étions chez nous, était, au reste, d'autant plus urgent que l'orientalisme français était menacé de se laisser distancer jusque sur son propre domaine par les travaux des institutions savantes établies autour de son territoire, aux Indes anglaises et néerlandaises, en Birmanie et dans les Détroits. C'est alors qu'un projet de règlement fut préparé par MM. Barth, Bréal et Sénart, de l'Institut, de concert avec M. le Gouverneur général Doumer, et que ce projet devint l'arrêté du i5 décembre 1898, qui a fondé l'École française d'Extrême-Orient (1) . L'Ecole française d'Extrême-Orient a pour mission de travailler à l'exploration archéologique et philologique de la presqu'île indochinoise, de favoriser par tous les moyens la connaissance de son histoire et de ses idiomes, de contribuer à l'étude érudite des régions et civilisations voisines de l'Inde, de la Chine et de la Malaisie. L'Ecole est placée sous le contrôle de l'Académie des Inscrip-

(,) Elle porta d'abord le nom de Mission tère, lui fiit assez rapidement donné, et fut archéologique de l'Indochine; mais celui confirmé par le décret du a 6 février 1901, d'École, plus conforme à son véritable carac- qui l'a élevée au rang" d'institution nationale.

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lions et Belles -Lettres : elle comporte un Directeur, un directeur adjoint, un professeur de chinois, des pensionnaires, des attachés et des membres correspondants.

La science trouvait à cette institution son bénéfice, «puisqu'elle avait désormais, pour continuer ses études asiatiques, un laboratoire surplace, des instruments de travail de premier ordre, et des facilités et des sympathies particulièrement favorables à ses travaux : mais l'Indochine à son tour n'y perdait pas; et, à peine installée sur son sol, l'Ecole française se mettait en devoir de reconnaître par des services l'hospitalité reçue : «■ L'Indochine , écrivait le Directeur de l'Ecole dans un rapport à l'Académie, ne s'explique pas par ellemême : elle est un confluent de races et de civilisations qu'on ne saurait comprendre sans remonter à leurs sources. On ne peut étudier le Laos sans le Siam et la Birmanie, le Cambodge sans l'Inde, l'Annam sans la Chine, les Chams sans la Malaisie. L'Extrême-Orient est un tout, et c'est ce tout qui constitue le champ de travail de notre Ecole». Son travail intéresse donc directement notre politique indochinoise : l'histoire, qui est partout le grand maître de la politique, l'est surtout dans les pays d'Asie, où le passé commande de si loin le présent; sa connaissance est indispensable à des gouvernants européens que tout sépare d'un tel passé , et qui sont exposés à commettre de bonne foi de continuelles erreurs d'appréciation et de décision , pour n'en avoir pas assez tenu compte. L'exercice du pouvoir protecteur en Indochine, qui ne trouve guère encore de contrepoids parmi ses protégés, parce qu'un mode européen de représentation indigène n'y est pas possible dans l'état actuel de leur minorité politique , risquerait de tomber dans les fautes ordinaires aux pouvoirs absolus s'il n'était continuellement et prudemment guidé par le seul guide qui soit sûr, la connaissance scientifique du pays et des hommes dont il a la charge. L'Ecole française est donc, par la force même des choses, un collaborateur immédiat du

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