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CHAPITRE IX

gouvernement : aussi bien elle n'entend pas se dérober à cette mission, et on appréciera dans quel esprit elle Ta acceptée, en prenant connaissance du noble langage par lequel son Directeur terminait le rapport qu'il adressait au Gouverneur général, le 1 er février 1900, à la fin de la première année d'études : « Pour arriver à débrouiller l'histoire de cette terre, où les races juxtaposées, les idiomes divers et les monuments disparates attestent les longues révolutions d'un passé confus et troublé, ce n'est pas trop de toutes les bonnes volontés. Nous n'entendons nullement bâtir ici une chapelle close, desservie par quelques initiés, mais une maison aux larges portes, ouverte à tous ceux que ne sollicite pas exclusivement l'intérêt de l'heure, mais qui gardent le goût des recherches désintéressées et la préoccupation des choses de l'esprit. Il n'y a d'ailleurs que des esprits superficiels pour juger ces choses inutiles. Elles sont, au contraire, indispensables à tous ceux qui exercent, à quelque degré, au nom d'une civilisation supérieure, la tutelle de populations sujettes. Pris dans son sens élevé, l'art de gouverner implique aussi bien la conscience du passé que la prescience de l'avenir; et cela est doublement vrai, quand il s'agit de guider les destinées de ces peuples d'Orient, respectueux jusqu'à la superstition des traditions anciennes, et dont l'être intime tient par toutes ses racines aux plus lointaines origines de leur race ; Ces vérités sont trop manifestes pour n'être pas généralement admises : c'est une raison d'espérer que des concours nombreux et zélés viendront seconder nos recherches et prendre part à une œuvre qui pourra n'être pas inutile au progrès de la science universelle, à l'honneur de la science française et à l'avenir de llndochine a.

La jeune Ecole française d'Extrême-Orient, qui entre à peine dans sa cinquième année d'existence , a déjà des titres et un nom , et ses membres sanscritistes, japonisants, sinologues, empruntés au personnel le

plus distingué de notre enseignement supérieur, lui ont valu, soit par leurs travaux collectifs, soit par leur action individuelle, une flatteuse notoriété auprès du monde savant, et de nombreux témoignages de sympathie et d'estime en Asie. La variété avec laquelle avait été composé son recrutement lui a permis d'aborder à la fois, sous une même direction scientifique, l'étude des diverses civilisations indienne, khmer, thaï, malaise, cham, chinoise, dont on trouve, en notre Indochine, la trace ou la présence. Son Directeur, M. Louis Finot, professeur à l'Ecole des hautes études, accompagné du secrétaire-bibliothécaire, M. Antoine Gabaton, qui inaugurait les publications de l'Ecole française par ses nouvelles recherches sur les Ghams, faisait, après une rapide tournée en Indochine, un voyage à Java, dressait l'inventaire des monuments historiques et le programme des travaux de l'Ecole, venait en France en rendre compte à l'Académie, et retournait aussitôt rejoindre son poste, où l'attendaient la direction de nombreux travaux commencés et la présidence d'un congrès international d'orientalistes. Il était suppléé, pendant son absence, par le directeur adjoint, M. Foucher, maître de conférences à l'Ecole des hautes études, qui, au cours dune mission dans l'Inde britannique, où sa finesse avertie n'avail point manqué de recueillir, chemin faisant, des observations neuves sur la vie angloindienne, s'était attaché à étudier un aspect d'une des questions les plus intéressantes peut-être qui se soient posées dans l'histoire, et dont la portée dépasse de beaucoup l'intérêt de simples recherches archéologiques. Bien que la pensée occidentale et la pensée orientale aient poursuivi, au cours des siècles, une évolution qu'on peut considérer comme indépendante, cette indépendance n'a toutefois pas été absolue, et, sur un point au moins, au Nord-Ouest de l'Inde, la civilisation hellénique, qui était la forme la plus éclatante de la civilisation européenne, a pris contact avec la civilisation asia-

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