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CHAPITRE IX

nients historiques et de beaux travaux sur la civilisation thaï. Elle doit au capitaine Lacroix d'intéressantes recherches sur la numismatique annamite, au capitaine Bonifacv et à d'autres officiers coloniaux des observations sur l'ethnographie, la langue et les mœurs des populations khas du Laos, annamites, mans et thôs du haut Tonkin, en même temps qu'une très curieuse contribution au folk-lore asiatique. Le grand corps des Services Civils lui réservait des collaborateurs de choix dans des chercheurs déjà connus par leurs travaux personnels comme M. Adhémar Leclère, dont les études cambodgiennes font autorité, M. Chéon, le plus réputé peut-être des annamitisants de l'Indochine, M. Odend'hal, qui, après de brillants services rendus en Asie, employait galamment les loisirs d'un congé administratif en France à perfectionner à la Sorbonne sa connaissance de l'ancienne civilisation cham. M. Dumoutier, directeur de l'enseignement au Tonkin, où il était venu avec Paul Bert, se trouvait désigné tout naturellement par ses travaux sur la civilisation annamite pour être associé à ceux de l'Ecole, et le P. Cadière, des Missions étrangères, enrichissait son Bulletin de documents précieux sur la vie native. Cette collaboration ne peut que gagner à s'étendre à tous les agents d'ordre civil ou militaire qui détiennent une part d'autorité en Indochine. L'autorité militaire a le plus grand intérêt à encourager les officiers coloniaux à se perfectionner dans des études asiatiques indispensables à des officiers appelés tous les jours à exercer des commandements dans l'armée indigène ou les territoires, ou à recevoir des missions pour l'Extrême-Orient. La nécessité de l'affiliation du personnel des Services Civils aux travaux de l'Ecole française est d'une évidence telle, qu'on aurait scrupule*!'} insister : cette affiliation, prolongeant l'enseignement reçu par eux en France à l'Ecole coloniale et à l'Ecole des langues, restaurera, dans une certaine mesure, le bienfait du stage asiatique qui était jadis imposé aux administrateurs dans le collège des stagiaires.

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Les colons habitant l'Indochine ne peuvent trouver à leur tour que des avantages à s'intéresser aux études orientales de l'Ecole; elles viendront éclairer leur expérience personnelle, et perfectionner notamment cette connaissance des langues natives qui doit être, chez eux aussi, généralisée : on sait qu'elle est de pratique courante parmi les Hollandais de Java et les Anglais de l'Inde, au point que dans beaucoup de villages indiens les habitants n'hésitent pas à interpeller dans leurs dialectes locaux le voyageur européen. Enfin, comme il paraît difficile de faire des études asiatiques en dehors des Asiatiques, on peut se demander si l'Ecole ne trouverait pas profit à ouvrir ses portes aux grands lettrés annamites, cambodgiens ou chinois, et si cet honneur ne ferait même pas plus pour le rapprochement intellectuel des races (jue l'européanisa tion superficielle et hâtive de nombreux bacheliers indigènes.

L'Ecole française d'Extrême-Orient est donc intimement associée à la vie de notre Indochine : quelque désintéressés que soient ses travaux, par cela seul qu'ils portent sur le passé, dont le présent est étroitement solidaire, ils retentissent sur ce présent. L'Ecole joint à la spéculation une certaine part d'action; elle étudie, mais elle enseigne; elle a, parmi les services administratifs de notre possession, son rôle et son rang de préséance. Mais l'action bienfaisante qu'elle commence déjà à exercer lui vient à vrai dire beaucoup moins de son autorité administrative que de l'autorité morale qu'elle a su prendre, non seulement par la haute probité scientifique de son labeur, mais encore par la bonne grâce et le tact personnel de ses membres. Il est difficile à qui a été leur hôte à sa villa de Hanoï, ou a eu la bonne fortune de voyager avec quelques-uns d'entre eux, de n'avoir pas conseftré de la simplicité de leur accueil ou du charme de leur causerie un souvenir de gratitude. L'Ecole a mis ces qualités au service de son œuvre : elle a fait, dans l'intérêt de la science, un peu de politique, et la meilleure.

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