CHAPITRE IX
Les bonnes volontés en Indochine étaient nombreuses, mais isolées : elle à su les grouper et leur donner une méthode et une discipline. Elle s'est concilié les amours-propres par des égards, et elle a associé tous les chercheurs à ses recherches par la nomination de membres correspondants et la constitution de commissions de monuments historiques W. Elle place, dans son Bulletin, à côté des travaux d'érudition pure , des conseils pratiques pour l'adoption de l'écriture orientale , la conservation des monuments, et la conduite des fouilles: partout elle s'efforce de rendre sa science vivante, accueillante, utile. Les dons viennent aujourd'hui spontanément à son musée , qui s'enrichit tous les jours de sculptures , démoulages, de peintures, de dessins, de vases, de bronzes, d'objets d'art et d'archéologie, de monnaies et médailles et d'objets d'ethnographie. Elle a noué avec l'étranger européen et asiatique de nombreuses relations de courtoisie dont bénéficiera notre Indochine (2) . Elle a, en France, intéressé à l'Indochine les compagnies savantes, et, avec elles, la partie la plus éclairée de la nation. Enfin, en Indochine même, elle a, par la recommandation qu'elle donne aux hautes études libérales, réveillé le goût des choses de l'esprit qui
(1) L'un des premiers soins de l'École a été de se faire constituer, par arrêté du Gouverneur général , gardien des monuments historiques, si peu ménagés jadis, et que proljge désormais une réglementation administrative.
— L'Indochine n'a d'ailleurs pas eu le monopole d'un long dédain des richesses archéologiques : dans la séance annuelle de la Société asiatique du Bengale, tenue & Calcutta le 7 février 1900, lord Curzon de Keddleston, Gouverneur général de l'Inde britannique, a dénoncé les méfaits «rd'un demi-siècle d'occupation militaire anglaise, avec son universel pot de peinture et les exigences des ingénieurs des Travaux publics», et dont le vandalisme
faillit même s'attaquer à l'admirable Taj d'Agra. On sait d'ailleurs quels louables efforts furent fajts depuis cette époque pour la préservation des monuments, et que lord Curzon lui-même, considérant le développement des études asiatiques comme un des premiers devoirs du gouvernement colonial , encourage vivement aujourd'hui la renaissance des lettres et des arts indigènes dans l'Inde.
w Au XI IP Congrès des orientalistes, qui s'est tenu h Hambourg du 4 au 1 septembre 1902, une adresse a été votée au Gouvernement général de l'Indochine pour le remercier des encouragements accordés par lui au développement des études asiatiques , et notamment
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ne sommeille jamais longtemps dans des intelligences françaises, et installé dans une possession républicaine, à la place d'honneur qui lui revient, c'est-à-dire tout à côte du gouvernement, la science, premier ministre et conseiller ordinaire de la République.
L'installation à demeure de la science française en Indochine a été complétée par la constitution , en mai 1902, dune Mission d'exploration scientifique permanente pour l'exploration et l'étude, au point de vue de l'histoire naturelle et de l'anthropologie , des pays de l'Indochine et des régions avoisinantes. La Mission scientifique est divisée en quatre sections : géologie et minéralogie , zoologie , botanique , minéralogie. Elle comporte un directeur, et deux explorateurs par section. — Ses travaux viendront concorder avec les travaux antérieure des services constitués pour l'étude des phénomènes de la nature , tels que le Service géologique, rattaché à la Direction de l'Agriculture et du Commerce, qui fait elle-même des recherches scientifiques, et le Service géographique , constitué en établissement indépendant en 1 8 9 9 , et placé sous la direction d'un lieutenant-colonel emprunté au Service géographique de l'armée : ce Service poursuit, avec d'intéressantes études de géodésie et de topographie , l'exécution de nombreuses
de la fondation de l'École française d'Extrême- Orient. — Avant son départ, M. le Gouverneur général Doumer avait décidé qu'un nouveau Congrès international d'orientalistes serait réuni à Hanoï pendant l'Exposition. Un comité d'initiative avait été constitué à Paris sous la présidence de M. Sénart, de l'Institut, et un comité d'organisation à Hanoï, sous la présidence effective de M. Louis Finot, directeur de l'Ecole française. En dehors de la France et de l'Indochine, l'Allemagne, l' Autriche-Hongrie, Ceylan, la Chine, les Etats-Unis d'Ame-
riqae, la Finlande, la Hollande, les Indes anglaise, néerlandaise et française, l'Italie, le Japon, Madagascar, la Norvège et le Siain avaient désigné des délégués. Les travaux du Congrès, inaugurés par M. Beau, gouverneur général , le 3 décembre 1903, furent terminés le 8 , après lecture d'importantes communications et adoption de vœux. Avant de se séparer les congressistes décidèrent de donner à leur réunion le nom de premier Congrès international des études d'Extrême-Orient.