CHAPITRE IX
c'est à elles que notre possession doit déjà de commencer à être connue et considérée dans le monde : de même que son observatoire est en relations constantes avec les observatoires étrangers de l'Extrême- Orient, de même que ses Instituts Pasteur échangent avec les établissements similaires des analyses, des comptes rendus d'expériences, et des sérums, et que son Ecole de médecine de Hanoï ouvre, comme le fait l'Institut anglais de Kwaia-Lampur dans les Détroits, ses laboratoires aux savants de tous les pays, de même son Ecole française d'Extrême-Orient a noué avec les sociétés savantes de l'Occident, des Indes et de la Chine, et avec de nombreux personnages asiatiques et européens, des relations de travail et de courtoisie. — C'est enfin son zèle pour les hautes études qui a valu à l'Indochine la meilleure recommandation auprès de sa métropole. Non seulement les membres les plus distingués de la politique, de l'administration, de l'industrie et du commerce, mais les esprits que leurs travaux ne dirigeaient pas spécialement vers les questions extérieures , et qui sont cependant comme les représentants du génie français au dehors , sont aujourd'hui associés au sort de notre établissement. Ce sont les grands corps savants de l'Etat, les diverses compagnies de l'Institut (1) , le haut personnel de l'Université de Paris, les érudits, les écrivains, et les artistes ^\ qui ont montré à seconder l'œuvre d'organisation de M, le
(1) L'Académie française s'est même trouvée un moment représentée en Indochine parmi les officiers de marine qui accompagnaient M. l'Amiral Pottier : l'un d'eux, M. le 1 capitaine de frégate Julien Viaud (Pierre Loti), qui avait autrefois donné des jours angoissés de la conquête, des combats dans les rizières, des débarquements sur la côte d'Annam , et de la mort de l'amiral Courbet dans les brumes en deuil de Formose, des souvenirs d'une inoubliable poésie, a pu voir, dans le spectacle
de l'activité et de la gaieté de Hanoï, et dans les. travaux de la paix qui transforment si rapidement toute cette terre, que les temps n'étaient déjà plus, bien que si proches, où elle ne permettait aux âmes françaises que la mélancolie des ff propos d'exil».
(f) Le sculpteur Théodore Rivière exécute pour la ville de Hanoï un monument dont la figure principale, la République protectrice, symbolise avec un rare bonheur, dans la force calme de l'attitude et la distinction fine, et
Gouverneur général Doumer, le plus d'empressement et de bienveillance. L'Académie des Inscriptions, en la personne de MM. Bréal, Barth et Sénart, a présidé à la naissance de l'Ecole française d'Extrême- Orient, et elle se fait rendre compte de ses travaux. C'est le viceprésident de l'Académie des Sciences, M. Mascart, qui a dressé lé pian des stations météorologiques établies en Indochine , et collaboré avec le P. Froc à l'installation de l'observatoire du Tonkin. Pour armer cet observatoire, les instruments de précision coûtaient fort cher : un autre membre de l'Académie, M. Bischoffsheim, eut la gracieuse libéralité de faire don d'une partie d'entre eux au nouvel établissement. C'est encore l'Académie des Sciences qui contrôle les travaux de la Mission scientifique permanente, dans les mêmes conditions où les
comme spirituelle, du visage, le caractère de bonté intelligente qui semble devoir être celui de la puissance française en Indochine. — L'Indochine a également reçu la visite de quelques peintres dont les œuvres ont figure honorablement aux salons annuels ou dans des expositions particulières : déjà, en 1886, le peintre Gaston Roullet, précédemment attaché à l'expédition , avait pu faire à la galerie Georges Petit une exposition qui fut remarquée; la dernière exposition des peintres orientalistes, ouverte au Grand Palais en février 1903, a révélé les efforts et les promesses de quelques jeunes gens qui avaient visité l'Extrême-Orient Tannée précédente, et notamment de délicieuses aquarelles de M. Henri Dufour, dont Tune traite un coin des tombeaux des Empereurs à Hué, quelques lotus endormis dans une eau morte, avec un sentiment d'une délicatesse exquise ; le peintre Vollet a également exécuté, pour l'Exposition de Hanoï, des œuvres d'une facture personnelle très intéressante.
L'Exposition de, Hanoï elle-même comportait
une section des Beaux-Arts. — L'Indochine a songé à fonder pour les jeunes gens récompensés aux salons annuels quelques bourses de voyage en Extrême-Orient. Un tel voyage est souhaitable à nos artistes : l'art français , comme les lettres françaises, s'est trop longtemps tenu cantonné dans l'Orient <r classique *, et l'audace de nos orientalistes a rarement 'dépassé l'Algérie, la Palestine ou même seulement l'inépuisable Venise. Il faut élargir, là encore, notre étroite conception du vieuxmonde. La diversité des paysages , des plantes, des monuments et des types humains de l'Extrême-Orient réserve d'ailleurs a nos artistes des joies insoupçonnées , et ils y trouveront des artistes et des œuvres qui commanderont d'abord leur estime : il y a dans le seid musée de l'École française, à Hanoï, des émaux , des bronzes, des jades, des porcelaines, des miniatures et des éventails chinois très anciens, dignes de figurer dans les plus belles collections artistiques de l'Europe.