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CHAPITRE IX

La France a d'ailleurs été la première à recueillir, en Indochine même, le bénéfice des études scientifiques qu'elle y avait installées : ceux de ses nationaux qui y résident leur doivent leur plus précieux auxiliaire dans la défense qu'ils ont à soutenir tous les jours contre le climat. Les conditions matérielles de la vie européenne en Indochine sont sans doute, à un certain point de vue, beaucoup plus favorables que celles de la vie indigène; nos compatriotes, originaires d'un pays où les préceptes de la science médicale sont généralement, et depuis longtemps appliqués, et représentait eux-mêmes une sorte de sélection dans la race, trouvant d'ailleurs des ressources suffisantes, soit dans leur fortune personnelle, soit dans les traitements qu'ils* reçoivent, soit dans les bénéfices qu'ils retirent de leurs entreprises, pour s'assurer l'indispensable confort de l'alimentation, de l'habitation et du vêtement, soutenus enfin par une activité intellectuelle sans cesse sollicitée par un labeur sans cesse renaissant, présentent aux atteintes du climat indochinois des conditions de résistance apparemment meilleures que celles de la grande majorité des natifs : il est de fait que l'observation des lois de l'hygiène urbaine et individuelle les met à l'abri des maladies de misère, par exemple, et les maintient à peu près indemnes, dans tout l'Extrême-Orient, des épidémies comme la variole et la peste qui déciment les habitants asiatiques. Toutefois ces derniers ont sur eux cet avantage qu'ils sont acclimatés au milieu depuis des siècles, alors que l'Européen apporte à un climat nouveau, et souvent offensif, un organisme inadapté (1) .

(,) L'Indochine a en réalité plusieurs climats, qui diffèrent avec la latitude, l'altitude, l'exposition , et en général les diverses conditions géographiques. Dans les deltas, où la population se trouve principalement concentrée, rimmidité est extrême, et, dans celui du Mékong notamment, la chaleur continue vient

l'aggraver encore. On a observé qu'à Saigon la température se maintient entre -f a 5* et + 3o* centigrades ; elle ne dépasse guère + 35°, mais elle descend bien rarement au-dessous de +20*. Cette continuité, la teneur hygrométrique de l'atmosphère, qui atteint, et parfois dépasse, 8o p. too , et surtout la tension élec-

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L'anémie , le paludisme , surtout la dysenterie et sa suite trop fréquente , l'hépatite suppurée , et en général les diverses affections du tube digestif, sont les maladies que le climat de l'Indochine oppose au séjour de l'Européen. Elles sont partout énergiquement combattues, et notre politique est aussi intéressée que l'humanité elle-même à ce qu'elles le soient : il est impossible de rien faire de solide et de durable en ce pays si la vie européenne n'y est pas d'abord en sécurité, et si la part de risques n'y est pas sensiblement ramenée à la moyenne à laquelle elle a été ramenée en Occident, et que la science tend à réduire encore tous les jours. Depuis quelques années d'ailleurs un facteur nouveau, la présence de plus en plus nombreuse des femmes

trique , exercent à la longue une action déprimante sur l'organisme, qui s'anémie insensiblement, si son énergie n'est pas réveillée par des séjours interruptifs dans des villégiatures salubres. Les saisons ne sont guère tranchées dans le delta cochinchinois, bien qu'il y ait une saison sèche où, pendant les mois de janvier, février et mars, il ne tombe pas une goutte d'eau, et une saison des pluies où s'abattent, au contraire, dans le mois de septembre notamment, de véritables déluges.

Les fies et les rives du cours inférieur et moyen du Mékong, moins humides et mieux exposées, offrent, parait-il, un climat meilleur. Celui de la côte d'Annam, balayée par les vents de la mousson, est également assez favorable à l'habitabilité européenne. Le delta du Tonkin a, sur celui de la Cochinchine , l'incontestable supériorité d'un hiver réparateur, dont la température rappelle beaucoup celle de la partie de nos côtes bretonnes qui est attiédie par le passage du Gulf-Stream; d'octobre à avril la température s'y maintient entre des moyennes générales de + i4° et -f at° environ (elle a

pu descendre jusqu'à + 5° 9 le 5 janvier 1900 , à Hanoï) et l'atmosphère y a, dans les premiers mois de l'hiver surtout, une sécheresse relative. Mais l'été, où les chaleurs sont plus élevées que les chaleurs cochinchi noises, y est souvent fort pénible : la température se maintient, pendant les mois de juin, juillet, août, dans les environs de + 3o° (on a même observé -f 39° le 6 août 1901, à Hanoï), sans fraîcheur réparatrice la nuit, et avec une tension électrique extrême; c'est aussi pendant cette période que l'on observe les plus fortes moyennes hygrométriques , qui atteignent jusqu'à 91 et même 9 4 pour 100. Le haut Tonkin et le haut Laos ont un climat alterné, très froid en hiver, puisque, dans les territoires militaires, le thermomètre descend audessous de zéro, et qu'on y rencontre de la glace, très chaud eu été, et l'influence de la chaleur vient s'y compliquer encore, comme dans toutes les régions boisées, des atteintes du paludisme , qui affectent parfois assez gravement la santé de nos troupes en certains postes.

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