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CHAPITRE IX

pour empêcher des abus, et surtout des abus contre la santé des hommes, et assez discrète pour que ceux-ci ne vissent pas dans leur cercle une succursale de la caserne, où ils refuseraient de venir. Le meilleur moyen de concilier ces nécessités diverses serait peut-être de donner le contrôle des établissements de ce genre au médecin, qui est, dans les régiments comme à bord , l'officier le moins lié par la discipline militaire, et le défenseur naturel de la santé des marins et des soldats.

Mais ce n'est là toutefois qu'un palliatif, et la distraction, si salutaire soit-elle, ne saurait modifier les conditions climatériques d'un pays. Lorsqu'on ne peut plus corriger un climat, il ne reste donc à celui qui doit le subir d'autre ressource que de s'en évader de temps en temps, pour retrouver la faculté de réparer ailleurs ses forces dans des conditions hygiéniques plus favorables. Cette nécessité est de toute évidence, et elle n'est pas spéciale aux régions placées sous les tropiques : lorsque les chaleurs de l'été ont rendu le séjour de Paris intolérable, ses habitants cherchent à quitter la ville de plus ou moins loin et plus ou moins longtemps, suivant la nature de leurs ressources et de leurs loisirs ; le bas prix et la commodité des voies de pénétration tendent même à généraliser de plus en plus, pour le plus grand bien de l'hygiène populaire, l'habitation dans la banlieue, où les logements sont généralement plus sains, et d'où les trains ouvriers conduisent tous les matins leurs habitants à Paris. Ce dédoublement de la cité, séjour des affaires, et de la maison, séjour de famille, est de tradition dans les mœurs anglaises, et se retrouve dans la plupart des villes anglaises de l'Asie, où le climat en fait d'ailleurs une nécessité impérieuse : Bombay est doublé par la station de Poonah, Calcutta par Darjeeling et Simla, Madras par Ootacamund , Colombo par Kandy et Niuwara-Eliya , Singapore par Penang, Victoria, à Hong-Kong, par son admirable Pic. La station est située quelquefois sur le bord de la mer — c'est ainsi qu'on a aménagé

pour le roi de Siam et les résidants de Bangkok la petite île de Seemaharaja — mais le plus souvent dans les hauteurs : tantôt à longue distance, comme Simla, où la remontée, Yexodus, des services angloindiens de Calcutta se fait une fois Tan pendant les chaleurs de l'été, tantôt à proximité de la ville administrative et commerçante, où les affaires se traitent tous les jours, sauf le dimanche, sans interruption ni sieste, de dix heures à quatre heures, et d'où les Européens remontent ensuite dans les hills, au moment de la chute du soleil. C'est un spectacle qui ne laisse pas de forcer l'admiration que celui du parti qu'ont* su tirer du rocher de Hong-Kong les puissants constructeurs britanniques : tandis que la ville commerçante et chinoise est installée au long des quais , qu'il a fallu conquérir sur la mer, toute la ville européenne est remontée sur le Pic, où sont les casernes, les hôpitaux, où l'on a taillé des emplacements de tennis jusque dans le roc, et d'où l'Anglais peut voir, sans sortir de sa villa, ses magasins et ses docks, la rade encombrée de ses navires, les ateliers de Kow-Loon, la mer, et un coin de la Chine immense.

Il est à peine croyable que les Français, depuis qu'ils sont en Indochine , aient été , jusqu'à ces dernières années , assez peu soucieux de leur santé pour faire le tour de force de passer leur vie sous un climat aussi débilitant que celui de Saigon , par exemple , sans rien installer de sérieux autre part pour un séjour de villégiature. Quelques essais malheureux dans l'intérieur de la Cochinchine n'ont pas été poursuivis : Poulocondore , qui a un rocher analogue à celui de Hong-Kong, et qui aurait peut-être pu se prêter à une installation de ce genre, a été affecté à un pénitencier; l'archipel est d'ailleurs assez éloigné de Saïgon, et ne pourrait être utilisé que pour une villégiature de quelque durée; la seule installation qui ait été faite est celle du cap Saint-Jacques, tout à fait insuffisante au demeurant, et dont la réputation de salubrité n'est pas hors de contestation. Rien de vraiment utile n'a, de même,

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