CHAPITRE IX
L'établissemejit du chemin de fer a rencontré , nous 1 ayons vu, quelques difficultés et un assez mauvais terrain; quand on en aura triomphé, il mettra à quelques heures de Saïgon une villégiature qui reiïdra les plus grands services à tout le Sud de l'Indochine, et en premier lieu à nos soldats, pour lesquels le dernier Gouverneur avait déjà prévu des installations : les troupes coloniales pourront être remontées sur les plateaux dans la mauvaise saison, comme le sont les troupes des Indes dans leurs cantonnements des montagnes , et y retrouver, comme elles, une vie active d'exercices, de distractions et de sports, au double bénéfice de leur santé et de leur force militaire.
En attendant que fonctionne en Indochine le régime de la villégiature obligatoire , nos compatriotes se sont arrangés pour tirer le meil-
avons déjà mis à contribution la haute compétence en matière d'hygiène tropicale» a visité le Langbian en août igoi. Des extraits du récit qu'il a fait de sa visite, dans un rapport adressé au Gouvernement général de l'Indochine, paraîtront sans doute un des témoignages les plus scientifiquement autorisés qui se puissent apporter sur la valeur sanitaire de la future station de villégiature. Après avoir décrit le superbe panorama qu'il a eu, au début de la route, sur la mer et sur la chaîne annamitique, il dit qu'en quittant Daban le froid commence : «La sensation dominante est celle de la pureté, de la légèreté de l'atmosphère, du bonheur de respirer : on dirait que l'air a une saveur; on le trouve bon au goût.» Il signale le poste de Dranh comme très malsain, et rappelant les points les plus offensifs de la Côte d'Ivoire, et il ajoute qu'après ce poste le paysage change complètement : <rCe n'est plus la forêt tropicale avec ses lianes inextricables, ses sous-bois ombreux où le soleil ne pénètre
jamais, ce ne sont plus ces exhalaisons nauséeuses, à la fois chaudes et humides, de terreau, de débris végétaux en décomposition :
nous entrons dans la région des pins, dont l'odeur résineuse embaume, dans la région des fougères qui y sont presque arborescentes. On monte successivement par une série de crêtes et de mamelons : ce n'est certes plus l'Indochine, ce sont les Alpes, c'est la Suisse que cette partie de route évoque avec une saisissante réalité. La fraîcheur augmente et nous grelottons presque sous nos manteaux, tandis que nos poumons se dilatent délicieusement. Il bruine par moments : mais, bien que le temps soit couvert et l'horizon en partie bouché, nous ne pouvons rassasier nos yeux.* L'arrivée sur le plateau, qui rappelle à certains voyageurs des paysages du Kashmire indien, à d'autres le massif de la Grande-Chartreuse, donne au docteur Reboul une impression aussi favorable, et il avoue que «rie plaisir a dépassé l'attente». Ses observations sur la
leur parti possible des conditions dans lesquelles ils devaient vivre et pour rendre la vie agréable. Ils y ont certainement réussi. La vie en Indochine est toute différente dans les villes ou dans l'intérieur, la rr brousse » , mais partout elle porte également la marque de l'énergie , de la bonne humeur, et, depuis qu'il y a, aux champs et à la ville, des maîtresses de maison, de la grâce française. C'est un témoignage que lui rendent les étrangers qui visitent notre possession , et qui déclarent reconnaître dans la vie indochinoise la manière de France adaptée à la terre asiatique , de même que nos compatriotes ont plaisir à retrouver
santé des Européens le confirment dans ce plaisir : «Quant aux Européens, dont le nombre est assez grand pour fournir une base d'observation, qui sont tous d'âge, d'origine et d'occupations variées , dont la plupart sont à Dalat depuis plus d'un an , on peut affirmer que leur santé est, non pas bonne, mais excellente. Le médecin du poste a été très catégorique sur ce point, et nous avons pu voir nous-méme tout le personnel de la petite colonie. Plusieurs fonctionnaires que nous avons déjà connus à Saigon ont paru aussi radicalement transformés qu'après un long congé en France : teint coloré, vigueur musculaire, appétit constant, sommeil parfait, aptitude à l'exercice et facilité du travail intellectuel , tels sont les symptômes qui, sans y mettre aucun optimisme, nous ont frappé tout d'abord. Nous gardons précieusement le souvenir des réunions de Dalat, si réjouissantes par la bonne humeur des convives , chez qui on devinait un estomac qui digère et un bel équilibre nerveux.» — La saison pendant laquelle le docteur Reboul a fait sa visite est cependant la plus défavorable de toutes : pendant les mois de juillet, août et septembre, la mousson de suroît chasse sur cette partie de la chaîne annami-
tique des vents violents et des pluies abondantes ; septembre est , pour le plateau comme pour Saigon même, un mois de déluge (à Dankia, on note pendant ce mois 653 millimètres d'eau et 27 jours de pluie); mais on sait qu'aucune station de montagne n'est épargnée pendant une partie de la mousson , et que celles de Geylan sont notamment fort pluvieuses. Le séjour au plateau du Langbian serait au contraire agréable et recommandé en automne, en hiver, et surtout au priutemps, qui correspond précisément à la mauvaise saison cochinchinoise. La température y est bonne en toute saison; mais, en hiver, les variations entre le jour et la nuit présentent un écartement qui va de + a 5° à + 1 o° ; au printemps , la température ne dépasse guère + 1 4°, et ne varie guère que de 3 ou k degrés. Le docteur Reboul, a qui nous empruntons ces chiffres, ajoute que, comme dans toutes les stations d'altitude, la basse pression atmosphérique favorise singulièrement l'oxygénation des globules sanguins pour la respiration. — La station agricole du Langbian donne des fleurs et des fruits d'Europe, et le bétail qu'on y avait installé est fort prospère.