CHAPITRE IX
les caractéristiques de la vie anglaise à Hong-Kong etSingapore, de la vie espagnole, modifiée aujourd'hui par les mœurs américaines, k Manille, et de la vie hollandaise à Batavia; tant est fidèle la persistance avec laquelle chaque peuple d'Europe transporte, dans les milieux les plus différents de son milieu d'origine, ses goûts et ses habitudes, et, d'instinct, s'efforce, par delà les mers, de reconstituer toujours le foyer primitif.
L'Indochine compte peu de grandes villes. Depuis ces dernières années cependant, en dehors même des chefs-lieux comme Hanoï, Saigon, Hué, Phnôm-Penh, Vientiane, où la population s'est notablement accrue,, l'élément européen a augmenté, attirant à son tour l'élément natif, dans les grandes agglomérations indigènes du nord de l'Annam et du delta du Tonkin, comme Vinh, Namdinh, Haïdzuong, Bacninh, Sontay. La capitale politique de l'Indochine est Hanoï (1) , où le dernier Gouverneur a fait remonter les grands services : la douceur de l'hiver tonkinois y rend les conditions du travail bien meilleures qu'à Saigon, et la proximité de la Chine, avec les relations quotidiennes dont elle est l'occasion, réclame aussi une présence plus assidue du représentant de la République'^. — La vie officielle est, en Indochine,
(l) À la date du i5 février 1903, il y avait à Hanoï 12/1,067 habitants, non compris les hommes de troupe, dont 130,000 Annamites, 1,900 Chinois, 5i Japonais, 5o Indiens et 9,966 Français; la population française, à son tour, en comprenant dans la population civile i4i officiers, dont 37 étaient mariés, se décomposait en 1,995 hommes, 5o3 femmes, 468 enfants. L'ouverture de l'Exposition a dû accroître ce contingent européen de manière très sensible. La population de Saigon, d'après le dernier recensement, est de 47,578 habitants : toutefois, en y ajoutant
colle des faubourgs chinois de Cholon, qui est de 60,861 habitants, et qui peut équitablement lui être rattachée, elle atteint io8,&39 habitants. La ville de Victoria à Hong-Kong aurait 181,918 habitants, dont i75,o56 Chinois. On évaluerait, très approximativement, à 1,900,000 âmes la population de l'énorme agglomération de Canton.
w Le Gouvernement général garde seulement un bureau au palais de Saigon pour conserver le contact avec les courriers d'Extrême-Orient et d'Europe. Un nouvel hôtel a été bâti à Hanoï, d'après les ordres de M. le
d une simplicité toute démocratique : le Gouvernement général donne trop de temps à un travail qui est considérable pour qu'il lui en reste beaucoup pour la représentation. Dans son train ordinaire, le protocole des audiences et des réceptions y est réduit au minimum ; les solennités tirent leur effet d elles-mêmes et ne visent pas à frapper l'imagination : on ne trouverait dans la réunion du Conseil supérieur, qui est le grand événement annuel de la vie publique , et qui s'accompagne de fêtes souvent fort brillantes , rien qui puisse être comparé , même de loin, aux pompes fastueuses des durbars de l'Inde. Il semble au reste que le tempérament natif ne s'y prête pas plus que le nôtre : le peuple annamite, fin, cultivé, critique, ne paraît pas, comme les peuples indiens, sensible au faste. Ses plus grands dignitaires mènent une vie simple : la maison du régent Nguyen-trong-biêp , dans une rue du quartier indigène de Hanoï, était d'une sobriété de sage. La race est d'ailleurs de petite taille et de médiocre prestance, ce qui ne favorise guère le déploiement des cortèges à grand apparat : l'aspect général d'une foule annamite, uniformément vêtue d'étoffes sombres, surtout dans la grisaille de l'hiver tonkinois , est terne, et sa présence, s'harmonisant avec la couleur des costumes français, ne contribue pas peu à donner à Hanoï une. sorte de tonalité occidentale (1) .
Les relations de la population française avec là population asiatique
Gouverneur générai Doumer, pour recevoir son successeur : il doit remplacer les locaux étroits, incommodes, et même pauvres, de la Concession, que, depuis le commandant Rivière, les représentants de la France n'avaient point cessé d'occuper à Hanoï. Tant de souvenirs toutefois restent à la Concession, que ceux qui y ont vécu ne salueront pas sans un regret cette douce et laborieuse thébaîde.
(1) Il est pourtant un coin de l'Indochine , Hué, où reste encore quelque peu de la couleur
étrange de l'Orient, que l'invasion de la vie occidentale tend d'ailleurs à faire rapidement disparaître. La rencontre de notre Europe moderne avec les derniers témoins de ce passé asiatique- était un curieux contraste. Un matin du mois de novembre 1901, lors de la réunion du Conseil supérieur de l'Indochine, à Hué, le Gouverneur général vint rendre sa visite au jeune Empereur. Dans la première cour du Palais, devant les éléphants caparaçonnés de rouge, la garde impériale, alignée en face de