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CHAPITRE IX

n ont pas en Indochine le caractère de méfiance hostile qu'on remarque en d'autres possessions européennes. L'humeur française . s'y montre exempte de cette morgue qui froisse et qui aliène ailleurs les natifs : il n'est au reste pas indifférent que les fonctionnaires ou colons qui sont en rapport avec eux trouvent dans leur propre éducation l'habitude de rendre à nos protégés ces égards auxquels la politesse asiatique est assez sensible pour avoir élevé à la dignité d'un rite le code des civilités dont les Européens font seulement un usage. La douceur cambodgienne, la sociabilité naturelle des Annamites, leur absence de préjugés de caste et de fanatisme religieux , leur respect de tout effort de l'intelligence, leur curiosité de connaître les choses nouvelles que nous leur apportons font le reste, et les rapprochent de nous : on a souvent observé, et l'expérience confirme cette observation tous les jours, qu'il n'était pas, en tenant compte des différences profondes qui séparent

nos soldats, et les mandarins revêtus de leurs robes de cérémonie, robes à ramages qui étaient comme fanées , avec de délicieux tons éteints, bleu, orange, feuille morte, attendaient le cortège français. Il parut : aussitôt éclatèrent les sonneries vibrantes des clairons de l'infanterie coloniale sonnant rrAux champs» et de la musique jouant la * Marseillaise », pendant que les fifres d'Annam commençaient une mélopée plaintive. Derrière le Gouverneur général, en habit noir, d'autres habits et quelques uniformes venaient, sobres, dégagés, alertes : les mandarins, pour suivre l'allure de ces Occidentaux, s'embarrassaient dans leurs belles robes, à travers les cours qui n'en finissaient plus, dans ce grand palais qui semblait presque vide. Tout au bout, une porte dorée, la porte du milieu, s'ouvrit, comme d'elle-même, laissant voir, au fond d'une salle de réception, que soutenaient des

colonnes de bois précieux, une sorte d'idole byzantine qui semblait peinte sur un panneau de soie jaune, et qui était l'Empereur. Le cortège s'arrêta, Occident et Orient face à face, et le représentant de la République protectrice dit, en quelques paroles brèves, des souhaite de prospérité. Alors l'idole s'anima, balança légèrement la tête, et, avec l'intonation chantante ordonnée par les rites, psalmodia une harangue que l'interprète traduisit en tremblant un peu. Les présentations terminées, le Gouverneur général et sa suite européenne traversèrent à nouveau, d'un pas assuré, les cours du palais impérial que les soldats d'Annam ne parvenaient point à remplir, et où se continuaient, sur leur passage, les révérences rituelles des vieilles robes bleues, orange, feuille morte, qui saluaient infiniment.

la mentalité occidentale de la mentalité orientale, de peuple que son

tempérament naturel prédisposât plus à sympathiser avec le nôtre que le peuple annamite. Dans les grandes villes comme Hanoï, où le frottement de l'élément européen et de l'élément natif est quotidien , on ne remarque, ni dans la délimitation du quartier français et du quartier indigène (où habitent d'ailleurs un certain nombre de nos compatriotes), ni dans les lieux publics ou privés de réunion, ni dans les tramways et chemins de fer ou dans la rue , bien que les groupements s'y fassent tout naturellement, aucune démonstration blessante entre protecteurs et protégés : il n'est pas d'officier colonial qui ne fasse l'éloge de ses tirailleurs ; administrateurs et planteurs parlent en termes souvent très affectueux des indigènes qu'ils ont connus, et qui, sans avoir plus que la moyenne des défauts humains, font preuve de qualités qui méritent vraiment la sympathie ; il n'est pas rare de voir dans les rues de Hanoï nos compatriotes s'arrêter pour causer et rire avec les natifs : les mœurs des uns et des autres font ici ce que les règlements n auraient jamais pu faire. Certaines grandes familles de Gochinchine et du Tonkin entretiennent avec la colonie française des relations officielles et privées fort courtoises. Un ou deux mariages mixtes ont même été célébrés depuis quelques années : le cas est, à la vérité, assez rare. — On comprend que les liaisons passagères avec les femmes asiatiques, dans un pays où la population française a longtemps été représentée en majorité par des jeunes gens, le soient beaucoup moins. Les enfants nés de ces unions sont tantôt élevés par leur mère dans la vie indigène, qui les accepte volontiers, tantôt recueillis par leur père, qui souvent s'attache à eux avec beaucoup d'affection, et leur fait donner une éducation européenne. Un certain nombre d'entre eux cependant ont été parfois abandonnés : ils étaient jadis recueillis par les établissements de la Sainte -Enfance; mais ^depuis quelque temps des sociétés françaises pour la protection des métis ont été fondées à Saigon et à Hanoï,

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