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CHAPITRE IX

L une des raisons de cette concorde est sans doute que chacun en Indochine est à sa tâche sans empiéter sur le domaine d autrui, et que chacun trouve, dans son propre domaine, une tâche qui dépasse ses efforts, et ne laisse point de place au désœuvrement, et aux divisions qu'il engendre. La vigoureuse impulsion donnée au pays en ces dernières années n'a pas peu contribué non plus à exercer une heureuse influence sur l'esprit public : partout l'esprit public s'assainit en s'élargissant; mais cela est surtout vrai des pays tropicaux, où l'influence du

du Siara, est divisée en dix vicariats apostoliques , dont sept dépendent des Missions étrangères: les vicariats du Haut-Tonkin , duTonkin méridional et du Tonkin occidental (le vicariat du Tonkin oriental, sur la rive gauche du Fleuve Rouge , est occupé par les Dominicains espagnols), les vicariats de la Cochinchine orientale, occidentale et septentrionale, et le vicariat du Cambodge (qui comprend les régions de Battambang et d'Àngkor). Il y a en outre une trentaine de Frères de la Doctrine chrétienne et quelques religieuses, dont les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui dirigent les orphelinats de la Sainte-Enfance. Le P. Piolet estime que, dans les sept missions, le nombre total de la population catholique est de 5&6,si6 unités, desservies par 397 prêtres européens, 336 prêtres indigènes et des catéchistes ambulants et résidents. Nous n'avons aucune donnée contradictoire qui nous permette de contrôler ces chiffres; mais, qu'on les accepte ou non, il est certain que l'élément chrétien, vis-à-vis de la population indigène non catholique, se trouve en proportion infime.

C'est un prélat des Missions étrangères , M fr Pigneau de Béhaine, évéque d'Adran, qui a préparé le premier traité entre la France et l'Ànnam , et aidé l'Empereur Gia-Long à reconquérir son empire à la fin du xviii* siècle (il est

même curieux de remarquer que l'article VI du traité préparé par cet évéque, et signé le a 8 novembre 1797, à Versailles, stipulait que , sur le territoire de Tourane, qui devait être cédé à la France, toutes les opinions religieuses seraient libres). Presque aussitôt la mort de Gia-Long, des mesures d'expulsion, et même de proscription, qui souvent eurent un caractère barbare, furent prises contre les missionnaires et les catholiques indigènes. La persécution n'y servit point ici l'apostolat, comme elle l'a fait en d'autres pays, et le sang des martyrs n'y fut guère mine semence de chrétiens» , la sensibilité des Asiatiques étant à cet égard toute différente de la nôtre, et leur intelligence rationaliste et positive se montrant d'ailleurs assez réfractaire à la révélation. Il est donc malaisé de porter un jugement d'ensemble sur l'œuvre des Missions étrangères en Indochine, au point de vue de l'enseignement moral et intellectuel tout au moins, cet enseignement, sauf en Cochinchine peut-être", ayant formé, en définitive , assez peu d'élèves. 11 faut cependant, suivant une remarque qui a déjà été faite pour d'autres pays par M. Weulersse dans sa <r Chine ancienne et nouvelle», reconnaître aux missionnaires l'incontestable mérite d'avoir les premiers songé à des œuvres d'assistance, en recueillant les disgraciés que la société

climat tend à exacerber encore l'irritation ordinaire de la vie confinée. L'union indochinoise, en arrachant nos compatriotes aux misères des rivalités locales, en les obligeant à se connaître et à s'apprécier, à prendre conscience de leur solidarité entre eux, avec la métropole, et avec le monde asiatique, a singulièrement élevé le niveau des occupations en Indochine, et il suffit, pour en avoir la preuve, de comparer le ton sur lequel s'y traitaient, il y a cinq ou six ans, les polémiques de presse, à la pondération et à l'urbanité avec lesquelles les grands journaux du Tonkin, que l'Exposition vient de mettre en rapport avec leurs

asiatique rejetait durement, les orphelins, les indigents, les infirmes, les malades, les affames, les lépreux, clientèle dont on ne peut pas dire en bonne foi qu'elle fut de nature à servir beaucoup leurs intérêts , et d'avoir préparé , par des moyens peut-être médiocres, mais préparé néanmoins la voie à cette assistance autrement efficace que la science française entreprend aujourd'hui en Indochine. En quelques régions ils ont devancé aussi l'œuvre de la colonisation moderne en aidant à la culture du thé et en exécutant certains travaux d'irrigation. Enfin, au moment de la conquête et de la piraterie, des évêques du Tonkin, comme M r Puginier çt M gr Velasco, ont pu donner à notre gouvernement des renseignements utiles qui leur venaient de leurs émissaires catholiques. Notre conquête a naturellement mis fin aux persécutions et aux difficultés avec les gouvernements indigènes : aujourd'hui les missionnaires paraissent avoir renoncé h faire de nouvelles conversions , et ils n'ont aucune influence en dehors du ressort peu étendu de leurs chrétientés. — L'Indochine offre à cet égard un frappant contraste avec les pays voisins de domination portugaise ou espagnole. Avant la conquête américaine, l'archipel philippin, suivant le compte

rendu d'un jeune professeur, M. Charles Garnier, qui le visita en 190 a , * a été bien moins une colonie de la couronne d'Espagne qu'un fief indivis de cinq Ordres : les Dominicains , les Jésuites , les Augustiniens, les Franciscains et les Récollets. Les religieux avaient part h l'administration civile à tous ses degrés : conseil municipal, justice de paix (où ils proposaient des candidats), conseil provincial (ouvert aux vicaires généraux), enfin Conseil d'administration générale, où siégeaient les supérieurs des cinq Ordres et l'archevêque de Manille»». Cet archevêque était toujours pris parmi les Ordres, et, depuis la défaite des Jésuites par les Dominicains, parmi ces derniers, dont l'influence, ajoute M. Garnier, était si grande à Madrid qu'ils faisaient et défaisaient à leur gré les Gouverneurs généraux. L'étroit rocher de Macao est également rempli de couvents , d'ailleurs délabrés pour la plupart. — Le culte protestant, qui a , depuis une date récente, un temple à Hanoï, compte d'assez nombreux adeptes dans la population civile du Tonkin et parmi les militaires de la légion étrangère. — Il y a également à Hanoï une petite colonie israélite. — Enfin , des loges maçonniques sont constituées dans chacune des grandes villes de l'Indochine.

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