CHAPITRE X
L\ VIK EXTERIEURE. - POLITIQUE DE FRONTIÈRES, DE PENETRATION, D'INFLUENCE. DEPENDANCE DE L'INDOCHINE DE SON MILIEU ASIATIQUE. - CONCLUSION.
L'un des principaux profits que retirent de leurs voyages en Extrême-Orient nos compatriotes habitant l'Indochine est d'en rapporter le sentiment très vif de la solidarité qui unit notre possession à son voisinage asiatique. L'Indochine n'est pas, comme l'Inde anglaise, ce un tout solitaire et fermé», une vaste péninsule séparée du reste du monde par une barrière de hautes montagnes et l'immense étendue des mers : ce n'est guère qu'un morceau découpé par la politique dans la péninsule géographique indo- chinoise, dont la vie continue de circuler sans interruption de la Chine à la Malaisie, à travers les frontières délimitées par les commissions d'abornement, et se prolonge même jusqu'aux îles adjacentes, que la mer rapproche beaucoup plus qu'elle ne sépare de son littoral. — Ce voisinage asiatique affecte différemment notre possession suivant qu'elle se trouve en présence d'un pa\ s occupé ou non par la civilisation européenne. Le caractère de cette civilisation, qu'elle soit appliquée par des Européens ou par des; Asiatiques formés à leur école, est de garantir aux pays qu'elle occupe la paix, une administration régulière, et la mise en valeur du sol par les procédés scientifiques modernes, conditions qui, lorsque deux territoires ainsi gouvernés se touchent, leur rendent mutuellement inutiles la police des frontières et l'intervention hors des frontières : les relations entre eux ne sont alors pas sensiblement différentes de ce qu'elles sont en Occident entre les Etats les plus civilisés. Mais, à côté de ces Etats déjà formés , existent encore , dans une notable partie
de douane fixes, et dans leur perception régulière par le personnel européen des Douanes Impériales Maritimes. Mais on se souvient qu en fait ce règlement de frontière et le régime commercial qu'il comprenait furent réduits à néant, pendant de longues années encore, par suite de la mauvaise volonté de la Chine , qui fermait les yeux sur les incursions des pirates et rendait le commerce pratiquement impossible. Les dispositions de la cour céleste ne changèrent qu'au lendemain de la guerre sino-japooaise , dès qu'elle eut acquis la preuve que notre gouvernement entendait observer vis-à-vis d'elle une attitude vraiment amicale ; les bons offices qu'une diplomatie avisée sut lui rendre en liant partie avec les cabinets de Pétersbourg et de Berlin pour persuader au Japon victorieux d'user avec modération de sa victoire, trouvèrent leur récompense dans la conclusion de la convention du 20 juin i8^5, signée à Pékin, d'après les instructions de M. Gabriel Hanotaux , par M . Gérard et le prince K'ing , et qui marque l'un des plus brillants succèsobtenus par la diplomatie française en Extrême-Orient (l) . Le premier service rendu par la convention Gérard était de nous mettre au Tonkin chez nous. Elle sanctionnait l'abornement de la seconde partie de la frontière sino-tonkinoise , celle qui va de la limite commune du Kouang-si et du Yunnan au Mékong, abornée en moins de dix-huit mois, alors qu'il avait fallu neuf ans, de i885 à 1896, pour aborner la première section, et achevait de fermer cette frontière à la piraterie par l'organisation d'un système de police mixte qui permit de mener rapidement k bien la pacification définitive. Elie ouvrait, en outre, au commerce occidental la nouvelle ville de Sfceumao (Sseumao-t'ing) au Yunnan, remplaçait Man-hao, précédemment ouvert, par Ho-k'eou, et améliorait sensiblement le régime du transit entre les villes
(1) La convention de 1895, les traités et qui concerne les relations avec le Céleste conventions de i885 et 1887 et les décla- Empire, toute la charte diplomatique de l 1 lurations du 10 avril 1898, forment, en ce dochine.