‹ L'IndochineChapitre 199 sur 218 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

mers indochinoises, et d'où elle est descendue sur la grande terre par son <r extension v de Kow-loon, située presque à l'entrée de la rivière de Canton. Enfin elle s'est dernièrement alliée au Japon, que l'acquisition de Formose et des Pescadores a beaucoup rapproché de nos propres établissements asiatiques. Les Etats-Unis nous sont devenus, depuis leur conquête de l'archipel des Philippines, presque voisins. Le commerce allemand est partout, et les entreprises commerciales, industrielles, ou maritimes, danoises, norvégiennes, belges, américaines et japonaises sont, à nos portes, fort actives. — Dans cette activité générale l'Indochine ne s'est point laissé distancer, et, dès le début de l'occupation française, elle s'est mise en devoir de découvrir un accès commode à cet immense marché chinois dont nous avions recherché le voisinage, et où fréquentera d'ici peu, semble-t-il, toute l'Europe. La pacification de la Cochinchine à peine terminée, le ministre de la marine Chasseloup-Laubat envoyait, le 5 juin 1866, le capitaine de frégate Doudart de Lagrée reconnaître, à la suite des explorations de Mouhot et de Mac Leod, si le Mékong serait la grande voie navigable de pénétration vers le centre de la Chine, analogue au Yang-tseu-kiang , que notre conquête avait escomptée primitivement. La mission Doudart de Lagrée, dirigée, après la mort de son chef à Tong-tch'ouan , au Yunnan, par le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, après avoir accompli, de Saigon à Changhaï, le long d'un itinéraire de dix mille kilomètres, une des explorations les plus remarquables dont la géographie française puisse s'honorer, et à laquelle rendit hommage tout le monde savant européen, nous révéla néanmoins, sur la valeur du Mékong comme voie navigable, une déception. Mais, au Yunnan même et en cours de route, Francis Garnier avait recueilli d'utiles indications sur l'importance du Fleuve Rouge, et, à son passage à Han-k'eou, la mission put en faire part à notre compatriote Jean Dupuis, qui s'en souvint. Dès lors ce fut une

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concurrence ouverte entre géographes : le baron allemand von Richthofen, le consul anglais Margary, surtout le célèbre ingénieur anglais Archibald Colquboun, étudièrent et préconisèrent successivement la voie du Si-kiang ou rivière de l'Ouest, la voie du Tonkin par la vallée du Fleuve Rouge, celle du Siam et du haut Mékong, et enfin la voie birmane. Les événements ne laissèrent pas longtemps à ce débat un caractère académique. L'audace de Jean Dupuis donnait, en 1873, une démonstration pratique de la valeur du Fleuve Rouge comme voie d'accès en Chine, un an après que von Richthofen en avait recommandé le mérite, et c'était précisément à Francis Garnier qu'était échu le soin de liquider cette situation. On sait comment le règlement provisoire imaginé après la mort de Garnier, survenue le ai décembre 1873, nécessita, dix ans plus tard, une intervention plus efficace, et enfin, après la mort du commandant Rivière, le 19 mai i883, une intervention définitive.

Le renversement du cabinet Ferry, après l'affaire de Langson, amena la ruine de sa politique birmane : la chute du royaume d'Àva, en i885, rapprocha l'Angleterre de l'empire chinois, et circonscrivit les données du problème de la pénétration. Les débouchés par la Birmanie, que ce fût par la voie de Bhamo-Tali (Ta-li-fou) signalée jadis par Marco Polo, ou de Mandalay-Kunlung ferry, étaient aux mains de la Grande-Bretagne, les débouchés par le Tonkin étaient aux nôtres; il ne restait plus, en dehors du Yang-tseu bien entendu, que deux voies libres, celle du Si-kiang, à l'Est de notre nouvel établissement, et enfin, à l'Ouest, entre cet établissement et les nouvelles possessions anglaises de Birmanie, la voie recommandée par Golquhoun, qui avait déconseillé le tracé Bhamo-Tali, et préconisé un chemin de fer empruntant une partie du territoire siamois : la ligne prenait naissance au port birman de Rangoon, passait par Martaban, Moulmein, Xiengmaï (dont l'importance avait été signalée au voyageur britannique

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