‹ L'IndochineChapitre 201 sur 218 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

déclarations de ce genre n'auraient jamais servi qu'à étoffer des Livres jaunes, si la politique de M. le Gouverneur général Doumer, qui avait déjà provoqué l'envoi en Chine de la mission Guillemoto,, n'avait préparé en Indochine des disponibilités financières suffisantes pour l'exécution de la ligne, et si sa conviction entraînante n'avait réussi à persuader en France les établissements de crédit et la haute autorité du Parlement; le vote qu'il obtint de la loi qui approuvait, le 5 juillet 1901, la convention passée pour la concession du chemin de fer de Laokay à Yunnan-sen, a fait aboutir le dessein de Chasseloup- Laubat, deGarnier et de Jules Ferry, le dessein même de toute notre politique depuis qu'elle s'est installée d'abord aux bouches du Mékong, puis à celles du Fleuve Rouge. On avait pu annoncer, il y a quelques années, que la victoire, dans cette concurrence pour la pénétration, serait frau plus diligent et au plus résolu?? : la renonciation officielle de nos concurrents a confirmé cette prédiction, et, le 11 décembre 1901, à la Chambre de commerce de Rangoon, lord Curzon, Gouverneur général de l'Inde britannique, déclarait que le chemin de fer birman — qui rencontrerait d'énormes difficultés pour pénétrer en Chine (1) — ne serait même pas prolongé jusqu'à la frontière. La

(1) La construction d'un chemin de fer par la Birmanie se présente en effet dans des conditions très défavorables , puisque le trace serait obligé de couper perpendiculairement la série de profonds couloirs rocheux que forment les hautes vallées de l'Irawaddy, de la Salwen et du Mékong : une ligne construite dans ces conditions coûterait extrêmement cher et ne * payerait * pas; tout au plus, certains écrivains anglais, comme M. W. Carey, dans le Journal of the Society of Arts du 27 février 1903, par exemple , proposent-ils rétablissement d'un chemin de fer partant de Bhamo , sur l'Irawaddy, non plus pour aller cette fois jusqu'à Ta-li-fou ,

mais pour s'arrêter à Momein (T'eng-yiie-t'ing) , sans avoir par conséquent à franchir la Salwen et le Mékong. C'est d'ailleurs pour éviter en partie cette difficulté que M. Colquhoun conseillait de faire en plaine siamoise la partie du tracé qui va de l'ouest à Test, et de reprendre ensuite la direction sud-nord , en remontant la vallée du Mékong jusqu'à Sseu-mao : le terrain, à vrai dire, en dehors même de toute question diplomatique, n'est pas non plus en cette haute région très avantageux pour un chemin de fer. On sait enfin que le gouvernement siamois a, dans le programme des chemins de fer de son réseau d'État, un projet de

concurrence est donc terminée : la preuve Je la supériorité de la vallée du Fleuve Rouge sur les autres voies de la Birmanie , du Siam et du haut Mékong, et de la rivière de l'Ouest, est désormais acquise, et acquise à un chemin de fer qui est nôtre. La fermeté de quelques hommes d'Etat nous a valu l'avantage de la situation géographique, des concessions diplomatiques, des moyens financiers, et d'une avance de temps considérable : le succès définitif ne dépend plus aujourd'hui que de la persévérance de nos diplomates et de nos ingénieurs. Cette victoire toute pacifique de la persévérance française bénéficiera d'ailleurs à la Chine , et aussi à l'Europe , comme à la France et à l'Indochine elles-mêmes, et l'on peut dire qu'elle marque un gain appréciable pour la civilisation internationale.

Il ne saurait être ici question d'envisager les conséquences de cette politique de pénétration, non plus que d'examiner la situation faite à notre Indochine par l'équilibre des forces militaires et diplomatiques dans le Sud et dans le Nord de l'Extrême-Orient, ni, d'une manière générale, d'entreprendre l'étude des multiples problèmes que suscite, en cette partie du monde, la rencontre de l'Europe et de l'Asie. Toutefois il est constant que, quelle que soit l'attitude que désire y

construction d une ligne partant de Lopburi, situé sur le Ménam , un peu au nord de Bangkok , pour rejoindre Xieng-mai et remonter jusqu'à Xieng-sen, limite extrême du royaume. — Mais la supériorité du chemin de fer sino-tonkinois sur tout autre est évidente, et l'histoire, pour peu que la construction de la ligne bénéficie seulement d'un peu de cette ténacité qui lui a valu la naissance, se chargera de démontrer, ici encore, le service rendu à notre politique par les hommes qui l'auront fait construire, de même qu'elle honore aujourd'hui

le lieutenant de vaisseau Francis Gârnier pour avoir compris l'importance du Tonkin, surtout le ministre Jules Ferry pour en avoir poursuivi l'occupation : c'est à Haïphong, au terminus même du chemin de fer de pénétration vers la Chine, qu'on ajustement placé la statue de l'homme d'État qui sut lutter avec un égal courage contre l'ignorance du dedans et celle du dehors , et faire la conciliation si heureuse d'une politique d'émancipation démocratique à l'intérieur avec une politique extérieure voyant de haut et prévoyant de loin.

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