‹ L'IndochineChapitre 202 sur 218 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

observer la politique française, la possession de l'Indochine ne peut que servir grandement son influence. — L'influence est, sans doute, en ces matières, chose assez délicate à déterminer. Le style diplomatique en a, il est vrai, tenté la définition : on sait que la déclaration franco-anglaise du i5 janvier 1896 nous reconnaissait au Siam une ff sphère d'influence», à l'Est de la vallée du Ménam, analogue à celle que nous reconnaissions nous-mêmes, à l'Ouest, à l'influence britannique. La cour de Pékin a, d'autre part, garanti, le i5 mars 1897, la non-aliénabilité de Tîle de H aï n an, position de première importance pour notre golfe du Tonkin, qu'elle ferme, et réservoir où se recrute la majeure partie des travailleurs célestes de nos concessions indochinoises, et de nos protégés au Siam. Enfin, le ministre anglais en Chine ayant obtenu, le 1 1 février 1898, une déclaration du Tsong-ly-yamen énonçant qu'il n'y avait pas d'apparence que la Chine aliénât la vallée du Yang-tseu «to another Power», notre ministre, M. Dubail, obtint, le 1 o avril 1 898, une déclaration analogue* 1 * relative aux provinces du Yunnan, du Kouang-si et du Kouang-tong. — La banlieue de l'Indochine était de la sorte réservée; mais on peut dire que le bon effet de la présence de notre possession en Asie se fait sentir bien au delà de cette banlieue. Pour pouvoir exercer en Extrême-Orient une action continue et efficace, les gouvernements

(1) Voici les termes de la déclaration insérée dans la lettre du 1 o avril 1 898 : r . . . Notre Yamen considère que, les provinces chinoises limitrophes du Tonkin étant des points importants de la frontière, qui l'intéressent au plus haut degré, devront être toujours administrées par la Chine, et soumises à sa souveraineté. 11 n'y a aucune raison pour qu'elles soient cédées ou louées à une Puissance . . . . » Pour l'île de Haïnan le gouvernement impérial avait usé Je i5 mars 1897, d'une rédac-

tion à peu près identique : « . . . notre Yamen considère que Kiong-tcheou (l'île de Haïnan) appartient au territoire de la Chine , qui , de régie, y a son droit de souveraineté. Comment pourrait-elle la céder aux nations étrangères? D'ailleurs le fait n'existe nullement quant à présent qu'elle en ait bit le prêt temporaire aux nations étrangères. D convient que Nous répondions ainsi officiellement à Votre Excellence.»»

occidentaux sentent tous les jours , quel que doive être le caractère de leur action, la nécessité d'avoir une base d'opérations moins éloignée des opérations elles-mêmes que n est la lointaine Europe. Cette nécessité s'est manifestée de manière saisissante dans l'unanimité avec laquelle les Puissances ont revendiqué, en 1898, des <r cessions à bail», destinées à devenir non seulement des stations navales et des parcs à charbon, mais encore des terminus de chemins de fer. C'est donc une rare bonne fortune pour la France, encore qu'elle ait obtenu elle-même à bail le territoire et la baie de Quang-tcheou, d'avoir en Extrême-Orient autre chose et mieux, un pays peuplé par une population intelligente, laborieuse, et riche en ressources de tout genre. Sans sacrifier le bien-être intérieur de nos protégés à des fantaisies impérialistes au dehors, et sans vouloir drainer loin de leur pays l'or et le sang des Annamites, il est assez naturel que l'Indochine reconnaisse à son tour, en secondant, le plus souvent de sa place, la politique française en Extrême-Orient, les lourds sacrifices que la France a déjà faits pour sa prospérité. L'Indochine a, pour la France, une valeur double : elle vaut par elle-même, et elle vaut par son voisinage; elle est, suivant le mot si heureux et si juste qui a été adopté dans le style maritime, le ce point d'appui» de toute notre politique asiatique. Elle l'est déjà au point de vue maritime, où nos escadres se félicitent aujourd'hui de trouver, à l'abri de fortifications puissantes, des vivres, du charbon et des soins. Elle l'est au point de vue militaire, puisqu'elle tient éventuellement à la disposition de la cause française en péril des troupes dont elle tend à assurer bientôt entièrement l'approvisionnement et la dépense, et dont le développement des chemins de fer et l'aménagement des villégiatures va lui permettre de ménager davantage la santé ; l'expérience de la délivrance des Légations de Pékin a démontré combien il était opportun d'avoir., en cas de conflit extérieur, des troupes prêtes et familiarisées avec le pays asiatique qui

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