‹ L'IndochineChapitre 203 sur 218 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

puissent être rapidement mobilisées sans attendre les tardifs renforts de la métropole. L'Indochine est encore, nous 1 avons vu, un excellent point d'appui pour faction commerciale : ce serait chimère à l'industrie et au commerce français, dont la fabrication et la vente, pour les produits à bon marché tout au moins, sont déjà à un prix sensiblement plus élevé que celui du trafic de certaines nations étrangères, d'espérer exporter directement en Extrême-Orient, à des milliers de lieues de France, autre chose que des produits de luxe, L'Indochine est, pour notre commerce en ces régions, une escale nécessaire et heureuse : c'est là que notre génie industriel recevra l'initiation asiatique indispensable à sa pénétration en Asie. — Enfin, l'Indochine sert encore utilement l'influence française au point de vue intellectuel et humain : cette dernière forme d'influence est peut-être même celle qui rencontre chez nous, auprès d'une opinion habituée, depuis la Révolution , à se représenter la France sous l'image d'une semeuse d'idées dans le monde, le plus de sympathie. L'Indochine s'efforce , avec des moyens inoins efficaces il est vrai, d'étendre à l'extérieur cette œuvre d'assistance humaine qu'elle a si vigoureusement entreprise à l'intérieur : elle a plusieurs fois secouru, par des distributions de riz, les affamés de sa frontière; ses agents ordinaires, médecins, ingénieurs, postiers, instituteurs, ont apporté autour d'elle la collaboration de la science occidentale à l'allégement des misères asiatiques. Si quelque chose pouvait du reste, en pays jaune, donner aux hommes de l'Occident une sorte de fierté, c'est non point le sentiment vaniteux don ne sait quelle supériorité originelle de caste, mais la joie de voir comment tel de nos compatriotes d'Indochine, isolé dans un poste extérieur, au Yunnan, au Sseu-tch'ouan , à Haïnan ou dans les deux Kouangs, a su, en guérissant et en aidant, conquérir l'estime amicale des foules chinoises d'abord réfractaires aux étrangers, el bien mériter de la famille humaine tout entière en faisant, suivant les instructions du dernier Gouver-

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neur général, cr aimer le nom français a par les Asiatiques. Les services rendus par ses établissements savants, et notamment les travaux et les tournées des membres de son Ecole française, nont pas peu contribué non plus à valoir à notre possession, aux Indes, au Japon et en Chine, une réputation avantageuse. — Le bon renom de la France s'est trouvé d'ailleurs étendu par l'Indochine jusqu'aux Européens d'Extrême- Orient. On sait avec quelle sévérité était jusqu'ici jugée par eux notre action coloniale : il semblait que cette action fût marquée d'une sorte de belliqueuse impuissance, et qu'elle n'eût d'autre objet que de servir d'exutoire à l'ancienne turbulence gauloise, désireuse seulement de confisquer de vastes contrées pour les fermer ensuite par des tarifs de douane, sans en tirer autrement parti, et en les inondant de fonctionnaires : on sait avec quelle docilité complaisante ces lieux communs ont été longtemps reproduits en France même. Mais, tandis qu'en France l'opinion hésite encore et ne sait pas, en Extrême- Orient l'opinion étrangère est déjà revenue à une appréciation plus juste des choses. L'Indochine, après être restée longtemps en dehors des itinéraires du tourisme international, reçoit aujourd'hui la visite de voyageurs étrangers, et les préventions les plus jingoë se dissipent à la courtoisie française de son accueil, et à l'impression de paix républicaine que donne partout sa politique (1) . — Enfin elle est, pour

(l) On trouve des traces parfois amusantes de ces anciennes préventions dans le récit qu'a fait, en 1 90a , de son voyage au Tonkin le premier voyageur anglais de Hong-Kong qui y soit venu depuis de longues années, M. Alfred Cunningham, directeur du Hong-Kong Daily Press. M. Cunningham, qui avait été lui-même un des plus distingués leaders du jingoïsme à Hong-kong, fut fort surpris, paraît-il, de ne pas voir chez nous de douaniers embusqués à tous les coins de sa route, et de

trouver partout les dispositions les plus aimables et les plus pacifiques. Il y répond, au reste, par beaucoup de bonne grâce, dans une relation qu'il a placée fort à propos sous le spirituel patronage de Sterne , et il ne parvient même pas à reprendre sa mauvaise humeur à Canton, encore qu'il trouve' que l'Indochine y ait installé «a very aggressive post-office*, — ce qui est, en vérité, prêter beaucoup de noirceur à une inoffensive botte aux lettres. Pour critiquer l'hôpital français

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