CHAPITRE X
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nos compatriotes disséminés sur tous les points de l'Asie orientale, un terrain d'union. L'effort français en Extrême-Orient, malgré que le, pavillon y ait paru jusqu'ici sur trop peu de navires de commerce, et que les statistiques douanières aient souvent passé sous silence nos produits nationaux, ne laisse pas d'être considérable : mais il était longtempj resté en quelque sorte à l'état amorphe, et il avait besoin d'être organisé. La même faiblesse où son état de division maintenait jadis l'Indochine , et dont les réformes du dernier Gouverneur général l'ont retirée, se retrouvait hors de l'Indochine : les Français cantonnés
fondé par M. le Gouverneur général Doumer à Canton il s'avise d'une pointe assez imprévue : «It is impossible, dit-il, to assume tltat such cxpenditure is purely in the interest of philanthropy, because the Frenck do not love the Chinese sufficiently for tkat; vsually more nations are content to leave the application oj that side of civilisation to the missionaries , mho hâve the lime, money and charity to dévote itr>. Cette singulière conception de la division du travail, qui laisserait en Extrême-Orient l'assistance au clerc et le commerce au laïc, ne parait pas répondre bien exactement, semblet-il, aux préoccupations françaises les plus contemporaines. On sait que, tout en rendant justice aux œuvres de charité accomplies par les missions en Chine, une tendance marquée se manifeste au contraire à/onder désormais, tant pour l'assistance que pour l'instruction , des œuvres non confessionnelles , dont la neutralité éviterait le retour des difficultés auxquelles les missions ont plus d'une fois donné lieu. C'est ainsi qu'à Canton même l'université chinoise, ou Tong-ouen-kuan , comporte une chaire de français occupée par un professeur non religieux, M. Martel, qui est bien l'homme lr plus accueillant pour ses compatriotes que
les Français puissent rencontrer en cette ville. C'est avec le même esprit que sont aujourd'hui élaborés les projets d'enseignement européen à l'université de Pékin et à l'école de Tch'eng-tou-fou, au Sseu-tch'ouan. — Quant aux services rendus par le dévouement de nos instituteurs, postiers et médecins français au Yunnan, au Sseu-tch'ouan, dans les deux Kouangs et à l'Ile de Haïnan, ils ne se mesurent pas : les inscriptions sont nombreuses à nos écoles, où l'assiduité des élèves, et les égards de leurs parents et des notabilités chinoises, viennent récompenser le dévouement apporté par les instituteurs à une tâche souvent fort ingrate; la consultation des médecins est de plus en plus fréquentée, et, en maint endroit, ils obtiennent même, ce qui est une marque singulière de confiance de la part des Asiatiques, de pouvoir donner leurs soins aux femmes indigènes; on pourrait citer ici , d'après un témoignage personnel, telle ville chinoise où deux Français, passant à pied dans la rue, où jadis il était plutôt d'usage d'insulter les Européens, sont interpellés par un habitant qui les emmène voir son enfant malade, pensant que puisqu'ils sont Français, ils pourront sans doute le guérir.
sur l'îlot de chaque concession consulaire y voyaient leur action limitée .par leur isolement même, quelle que fût la valeur de cette action, et quel que fût aussi le mérite de ces consuls d'Extrême-Orient qui, dans les ports chinois et japonais, servent si utilement la cause française par leur activité et leur expérience, et qui, aux jours de péril, lont plus d'une fois servie parleur courage. L'Indochine a déjà souvent exercé une heureuse attraction sur notre personnel consulaire et diplomatique : elle est désormais le lieu vers lequel se tournent les regards de tous nos compatriotes dispersés dans les places de l'Extrême-Orient : elle leur offre, à proximité relative de leur résidence habituelle, une sorte de port d'attache où ils trouvent des encouragements pour leurs entreprises^ 1 , des relations d'affaires et d'amitié, et ce puissant réconfort que donne aux enfants longtemps séparés du foyer natal l'image reflétée de la patrie. C'est à la possession de l'Indochine que la République doit de pouvoir grouper en un faisceau homogène les forces françaises éparses à travers le monde asiatique, de les accoutumer à cette solidarité disciplinée dans l'action sans laquelle rien ne se fait de durable , et de s'y montrer elle-même telle que la belle formule léguée par la Révolution lui impose le devoir d'être partout, cr une et indivisible » (2) .
L'esquisse fort incomplète qui vient d'être tracée" de l'organisation militaire, politique, administrative, financière, économique et sociale
(1) En dehors même de la garantie consentie an chemin de fer du Yunnan, et de la subvention accordée au territoire de Quang-tcheou , le budget général de l'Indochine pour l'exercice 1903 porte, à ses chapitres xvm et m, inscription de crédits pour venir en aide à un certain nombre de postes consulaires du SiametdelaChine, que le dernier Gouverneur général a pourvus de médecins, d'instituteurs, de chanceliers, d'interprètes, et parfois
même de matériel v et enfin l'inscription de subventions pour des services maritimes reliant l'Indochine à Bangkok, Singapore, Quangtcheou , Canton , Haïnan , et pour des services fluviaux appelés à montrer le pavillon français jusqu'à Wou-tcheou-fou , sur le Si-kiang, et jusqu'à Tch'ong-k'ing-fou , sur le Yang-teeukiang.
(,) L'un des meilleurs liens qui pourraient aider au grouj>ement des forces françaises en