CHAPITRE X
de l'Indochine montre qu elle a aujourd'hui une constitution, dont elle est redevable à son dernier Gouverneur, et dont l'économie consiste surtout à avoir dégagé, au-dessus de la confusion des intérêts particuliers, la notion claire d'un intérêt général, commun à la terre indochinoise et à sa métropole française. Toutefois, si le dessin de l'ensemble a été marqué de main vigoureuse, il ne s'ensuit pas que les détails doivent en rester indéfiniment immuables : la constitution actuelle, enfermée dans le cadre souple et extensible des décrets, évoluera comme le reste, et recevra un développement progressif adapté au développement même de la prospérité du pays. L'exécution des grands travaux d'Etat et des entreprises de colonisation, à peine à leur début, et dont on peut attendre, sans présomption, la métamorphose de ce pays, favorise déjà de manière sensible l'enrichissement de la fortune publique et privée : l'Indochine achèvera bientôt de prendre à sa charge la part que la France paye encore dans ses dépenses militaires, et, lui rapportant déjà beaucoup, elle cessera de lui coûter rien. Cette autonomie financière lui méritera, dans les relations politiques et économiques avec sa métropole, ce traitement libéral qui doit lui permettre de mener, dans l'orbe de la vie française, qui est européenne, sa vie propre, qui est asiatique. — Le développement de sa vie économique fera sans doute aussi apparaître, avec lé temps, un commencement de vie politique, et la période de formation silen-
Extrême-Orient serait un service sérieux et régulier d'informations. On sait déjà le bienfait rendu, grâce à l'Indochine, par la communication régulière du télégramme quotidien de F Agence Ha vas à des postes consulaires qui ne recevaient auparavant que des nouvelles d'agences étrangères systématiquement tendancieuses. Mais surtout il serait indispensable qu'il y eût en Extrême-Orient un grand journal qui saurait prendre, par la sûreté de sa *
documentation , et aussi la modération de son langage, une autorité analogue à celle que possèdent les grands journaux anglais de la Chine et de l'Inde. On sait que les exagérations de certaines feuilles locales chauvines , commentées et exploitées à leur tour par la «• presse jaune » étrangère, ont jadis plutôt desservi que servi notre politique, en lui prêtant une sorte de caractère agité et acrimonieux qui est tout à fait éloigné d'être le sien.
cieuse de l'Indochine ne durera pas toujours. La vie française, à la vérité, restera longtemps, semble-t-il, plus spécialisée dans les intérêts économiques que dans les intérêts politiques; mais l'augmentation même du nombre et des entreprises de nos compatriotes en cet établissement leur vaudra du moins, dans les conseils chargés de la défense de leurs intérêts, un élargissement de leur représentation , où, conformément à la tradition républicaine, les plus modestes pourront avoir place à côté des puissants et des riches. D'autre part, l'accroissement du bien-être des indigènes, dont notre protection préserve désormais l'existence , la santé , les récoltes , et auxquels elle offre des débouchés pour leurs produits et des salaires pour leur travail , et sans doute aussi la pénétration dans la population native lettrée de certaines grandes villes, à la faveur de l'instruction française, de quelques notions de notre libéralisme politique, permettront peut-être dans l'avenir un élargissement suivant un mode plus européen de la représentation actuelle des indigènes. C'est là, à vrai dire, une question dont il est impossible de préjuger la portée en l'état présent de nos connaissances. Il est certain que l'Indochine, plus chinoise d'ailleurs qu'indienne, est habitée en majeure partie par une population native d'une valeur politique incomparablement supérieure à celle de la plupart des populations effacées de l'Inde anglaise, par exemple, — il suffirait, pour s'en rendre compte, de comparer dès maintenant la sagesse des institutions politiques de l'Annaip au despotisme indien , monarchique et théocratique , de l'ancien Cambodge — et que, chez le peuple annamite en particulier, qui ne connaît ni le fanatisme religieux ni lés préjugés de caste, aucune barrière sérieuse, pas même celle des rites, qui évolueront avec l'évolution générale du pays, pas même celle de la commune, qui n'était forte que de la faiblesse du pouvoir central, et qui, sans perdre son utilité d'organe politique primaire, perd, avec l'exercice d'un gouvernement pacifique et régulier, son ca-