‹ L'IndochineChapitre 206 sur 218 · CHAPITRE X. A · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. A

ractère d'instrument de défense, ne semble devoir éloigner la partie la plus éclairée tout au moins des- indigènes de la compréhension de certaines idées occidentales. Mais ce n'est peut-être aussi qu une apparence, et peut-être l'âme asiatique est-elle réfractaire à une pénétration un peu approfondie : ce serait chimère toutefois de penser que les transformations qui vont modifier entièrement la vie matérielle de l'Indochine ne réagiront pas sur sa vie morale et sociale. Notre présence, par ce qu'elle a incontestablement détruit du passé , surtout par ce qu'elle a construit de moderne en apportant, avec la suprématie de nos armes, celle de nos méthodes gouvernementales , de nos procédés d'exploitation économique , et aussi l'influence insaisissable et impondérable de nos idées, prépare la formation d une société nouvelle, dont la prévision, à peu près entièrement, nous échappe*. Il est à peine besoin de faire remarquer toutefois avec quelle vigilance nous devons suivre les divers stades d'une évolution que nous avons provoquée nous-mêmes, et cjuel intérêt il y aurait pour nous à pouvoir la guider au besoin. Mais , pour guider cette évolution , nous n'avons à notre disposition qu'un seul guide, sans doute aussi le meilleur, la science. Bien qu'il soit présomptueux de prétendre déterminer l'avenir politique d'un pays, il n'est pas douteux cependant que cet avenir, surtout quand il s'agit d'un pavs asiatique, se trouve, pour une bonne part, en puissance dans les éléments qui constituent son passé. C'est avec l'étude de ses origines indiennes et malaises, de son éducation chinoise, — et aussi de la société japonaise ancienne et moderne, qui a de nombreux traits communs avec la société annamite, et qui, à tant de titres, mérite de solliciter notre observation, — et la conscience de plus en plus éclairée des pouvoirs et des devoirs de notre protection française, que nous composerons les données de notre politique indigène en Indochine. Jamais sans doute la responsabilité du gouvernement ne fut plus lourde que dans une possession extérieure où la distance a

nécessairement conduit la souveraineté métropolitaine à décentraliser son autorité, où il n'y a encore à peu près aucune tradition bureaucratique sérieuse capable de seconder l'effort du gouvernement colonial , et où l'inexpérience politique de la nombreuse population protégée est, pour le moment, hors d'état de prendre elle-même sa part du fardeau de la protection. On sait combien ces conditions donnent d'importance au choix des hommes qui gouvernent, en un pays où chaque détenteur de l'autorité protectrice peut beaucoup pour le bien comme pour le mal , et que l'exercice du devoir de tutelle impose ici à chacun d'eux l'obligation de se maintenir toujours non seulement le plus sage, mais encore le plus savant, vis-à-vis de ceux dont il a la charge. Si donc le Gouvernement général de l'Indochine demande , par exemple , à l'Ecole française d'Extrême-Orient*des documents sur l'ancienne histoire de l'Asie ce n'est point sans doute pour chercher hors de la réalité un divertissement de dilettante , ni pour aller, par on ne sait quelle curiosité sacrilège, jusqu'au fond de leur tombe troubler le sommeil des morts, mais pour se plonger au contraire dans la réalité actuelle plus profondément, en demandant à ceux qui sont morts les traditions lointaines qui conduisent aujourd'hui leur descendance. Cette investigation scientifique ne laisse de côté aucun des éléments de tout ordre qui composent cet ensemble appelé l'Indochine, dont notre protection est désormais comptable devant l'histoire, et dont elle s'efforce de dresser, pratiquement et scientifiquement, l'inventaire, depuis les barques de pêche jusqu'aux monuments historiques : ainsi s'élabore peu à peu la description cartographique du sol , la description géologique du sous-sol, l'hydrographie des fleuves, des lacs et des mers, l'observation des phénomènes de l'air et du ciel, l'étude patiente des végétaux, des animaux, et enfin celle de l'homme. Cette dernière étude, si attachante, est abordée par plusieurs côtés à la fois, et, tandis que les anthropologues prennent la mesure des différentes pièces du méca-

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