‹ L'IndochineChapitre 207 sur 218 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

nisme humain, et on recherchent la filiation et la parente, et que les médecins observent comment leur assemblage se comporte vis-à-vis des agents morbides extérieurs, les archéologues et philologues étudient les manifestations de la pensée humaine dans les croyances, les lettres, les arts et l'histoire de l'Extrême-Orient. Ainsi va se réduisant peu à peu, jusqu'à ce dernier résidu qui demeure inconnaissable, la part de l'inconnu en Indochine. La tâche de notre gouvernement en est chaque jour facilitée : la connaissance de la terre indochinoise nous permettra d'aménager celle-ci suivant les derniers procédés scientifiques européens, où le bien-être de ses habitants trouvera son compte; la connaissance des mêmes habitants permettra de les affranchir d'un certain nombre de misères indigènes, et aussi de déterminer dans quelle mesure peut leur servir l'éducation occidentale apportée par le protecteur. Il semble n priori que cette éducation doive être autre chose qu'une assimilation aveugle, et la brutale éviction de tout ce qui a formé jusqu'ici la substance intellectuelle de l'Asie, pour mettre à sa place on ne sait quel superficiel psittacisme de langue française; le bienfait de l'instruction française, indépendamment des cas où elle pourrait être intégralement appliquée à une élite, paraît devoir consister surtout dans la correction par la science européenne de quelques erreurs orientales, dans l'enrichissement du patrimoine de savoir commun à tous les hommes qui résultera de la réunion des découvertes acquises en Europe aux découvertes acquises et à acquérir en Orient, et dans la collaboration amicale . pour le progrès de l'humanité, de deux formes également honorables de l'activité de l'esprit humain. Il y a d'ailleurs entre elles si peu d'antinomie, que c'est la science de l'Europe en définitive qui vient aujourd'hui aider notre gouvernement à faire avec méthode, en Asie, la seule politique qui semble commandée à la fois par la raison et par l'expérience, la politique asiatique.

Mais la science n'est pas seulement en Indochine un moyen de gou-

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vernement. Connaître n'est que le premier terme dune politique qui ne désire connaître que pour améliorer et pour guérir, et la science n'est si chère à la protection républicaine que parce qu'elle lui est apparue, indépendamment de la noblesse de son effort désintéressé, comme une forme supérieure de solidarité et d'assistance. — Ses services ne laissent pas , il est vrai , de comporter une réserve : si la science moderne trouve, dans la protection de nos soldats, les méthodes de gouvernement régulier de nos administrateurs, le talent professionnel de nos ingénieurs et de nos médecins, des applications bienfaisantes en Indochine , elle n'a pas , dans toutes ses applications , un aspect aussi favorable. On ne saurait oublier qu'elle lutte contre la nature, non seulement pour la rendre moins malfaisante, mais encore pour la rendre plus productrice, et qu'en donnant à la production des facilités exceptionnelles, elle risque, si on n'y prend garde, de faciliter aussi l'asservissement du producteur; l'exploitation de la terre pourrait aisément s'étendre à l'homme, et ce que l'on appelle, en matière de colonisation, le problème de la main-d'œuvre, n'est que l'aspect économique d'un redoutable problème social et humain. Il y aurait sans doute une cruelle ironie à notre protection à vanter son esprit d'assistance si elle n'avait arraché l'indigène à l'inhumanité de la nature dans son pays d'origine que pour le livrer à celle d'un maître étranger, et si elle n'avait eu d'autre idéal pour lui que d'en faire seulement un bon ouvrier pour nous. La contradiction serait au reste rendue d'autant plus choquante que précisément à l'heure actuelle tout un mouvement européen, à la tête duquel sa générosité naturelle devait placer notre patrie, s'efforce de relever la condition des ouvriers de l'infériorité par trop inhumaine où la maintiennent encore les risques ordinaires de leur profession, le chômage, l'invalidité, la vieillesse, et de mettre dans les relations du capital et du travail un peu plus de fraternité et de justice. — Mais aussi le raisonnement d'analogie, qui exposerait aux

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