‹ L'IndochineChapitre 208 sur 218 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pires erreurs si l'on prétendait appliquer les idées politiques d'une démocratie républicaine depuis longtemps émancipée à une société asiatique astreinte, d'ici longtemps encore, à une minorité politique de fait, ne vaut pas davantage pour la comparaison des conditions de la production économique en France à celles qui lui sont actuellement données en Indochine. Dans notre établissement le capital européen et le travail asiatique ne sont pas, du moins à l'heure présente, en conflit, mais en collaboration, pour la lutte contre une nature également hostile à toutes les races humaines, et pour la mise en valeur, par des procédés modernes, d'un pays qui avait été à peine entamé jusqu'ici par des procédés routiniers et barbares. La venue des colons français, peu nombreux d'ailleurs, mais choisis, tend à obtenir, dans l'intérêt commun, non point une expropriation des anciens possesseurs natifs, mais une appropriation générale meilleure de la terre et de ses produits par l'homme. La forme du faire valoir direct est maintenue et étendue par nos compatriotes partout où elle existait avant eux. Le propriétairepaysan est confirmé dans sa propriété, surtout celle de la rizière, qui doit d'ailleurs rester son fief: les deltas, notamment le vaste delta de la Cochinchine, où il ny a presque pas d'exploitation rizicole française, en sont un exemple remarquable. Le petit artisan, le petit commerçant sont encouragés et enrichis dans leur libre travail : notre protection tend à réveiller leur initiative, et surtout à l'habituer à se passer des intermédiaires inutiles qui la tenaient jadis en servage, à affranchir, par exemple, l'Annamite de la dépendance du Chinois, qui, longtemps jusqu'ici, l'avait exploité sans scrupule. Elle s'est efforcée, nous l'avons vu, de faire disparaître de la perception de l'impôt, de l'exercice de l'administration et de la justice, aussi bien que de l'agriculture et du commerce, les spéculateurs asiatiques détournant à leur profit les ressources qui devaient légitimement revepir k l'indigène ou à l'Etat. Ce serait une erreur de croire que la protection

française s'est substituée purement et simplement à ces parasites : le bénéfice pour ses protégés aurait, dans de pareilles conditions, été médiocre, et ils n'auraient guère fait alors que changer de mésaventure. On sait déjà que les méthodes européennes de gouvernement, de justice, de finances et de travaux publics ne sont pas comparables aux anciennes pratiques orientales, et qu'elles constituent sur elles un indéniable progrès. Un progrès analogue semble devoir être acquis au travailleur natif par les procédés modernes de mise en valeur du sol et d'échange commercial que lui apporte le colon européen : celui-ci n'est intermédiaire qu'à un degré où l'indigène ne pouvait pas l'être, et où un intermédiaire, loin de le frustrer de quoi que ce soit, lui rend le signalé service de stimuler sa production en lui ouvrant, au lieu du marché local ridiculement restreint dont il devait se contenter jusqu'alors, l'accès du marché du monde, qu'il eût été incapable d'atteindre seul. Cette liaison de la production à l'exportation place, il est vrai, la première dans une dépendance relative des fluctuations qui influencent les échanges internationaux : mais ce sont là les conditions ordinaires de la lutte économique universelle, et, pour en adoucir les rigueurs à nos protégés d'Indochine, il faut que leur production soit précisément liée à une exportation universelle , et non à une exportation asservie aux besoins très limités du marché métropolitain. Ainsi entendue, l'intervention des acheteurs français est incontestablement utile aux travailleurs indochinois : nos exportateurs de riz, en trouvant des débouchés nouveaux sur les marchés extérieurs, étendent une vente qui enrichit les paysans ; nos planteurs de l'Annam ont déterminé les villages à augmenter la superficie de leurs jardins de thé et de leurs plantations de coton, les sériciculteurs à donner à leur préparation de la soie un développement inusité jusqu'à ce jour, les propriétaires de chevaux, de bœufs et de buffles à pratiquer les procédés rationnels do l'élevage, et à en développer la pratique. Leur

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