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CHAPITRE X

le moins expérimenté quelques signes appréciables de bien-être parmi la population native.

Cette politique de science, de travail et de paix, développant avec une magnifique ampleur au dehors les deux termes principaux du programme républicain à l'intérieur, l'instruction et l'assistance, ressemble assez peu, comme on le voit, à ces effervescences de patriotisme échauffé dont on s'est plu jadis à faire en France tout le programme d'un prétendu parti colonial. Ce serait, en effet, ce qui pourrait arriver de plus malheureux à notre politique coloniale qu'elle fût chez nous la chose d'un parti, au lieu d'être, comme le reste de la vie nationale française, la chose de la nation tout entière. La politique française est une : il n'y a point de barrière entre ses intérêts du dedans et ceux du dehors, et il semble que la démocratie soit également majeure pour gérer elle-même à la fois les uns et les autres; il serait inadmissible qu'après avoir depuis longtemps pris en main le règlement de ses affaires intérieures elle se crût encore obligée, par on ne sait quel préjugé d'ancien régime , de s'en remettre, pour le règlement de ses affaires extérieures, à des spécialistes. C'est en vain qu'on essayerait de prétendre qu'il lui manquera toujours, pour traiter des questions aussi délicates, les connaissances et le sang-froid. L'éducation du sang-froid ne tarderait apparemment pas à se faire si la démocratie était habituée à entendre traiter les questions du dehors quotidiennement, et non pas seulement lorsqu'aux heures décisives un événement dramatique fournit matière à quelques beaux cris, et à les entendre traiter avec calme, d'après des arguments empruntés non à notre politique intérieure, mais à la nature même desHbhoses. Et, quant aux connaissances de ces choses extérieures, elle en pourrait trouver sans doute les éléments dans le propre enseignement de l'Etat, si celui-ci consentait à faire à la géographie et à l'histoire contemporaines une part moins timidement mesurée : ce ne serait pas alourdir beau-

coup, semble-t-ii, les programmes d'enseignement que d'y introduire, garanties par des sanctions sérieuses, certaines notions pratiques sur la population, les productions, le commerce, l'armée et la marine, les budgets et la dette, et le sens général de la politique des principaux Etats du monde, et surtout la connaissance détaillée des possessions coloniales françaises et étrangères : alors que le paysan de France met un soin si minutieux à apprendre à son fils la valeur de son champ et de ceux dont il est borné , il est regrettable que l'on puisse passer chez nous la longue série des examens officiels sans être autrement averti sur la valeur comparée de la vie française avec la vie internationale. Cette situation de la France à sa place exacte dans le monde, qui aurait l'avantage de donner, sur l'humanité réelle et sur ses rapports avec la patrie, et sur l'importance propre et l'importance relative de notre patrie, toutes choses débattues d'ordinaire en France avec des arguments plus idéalistes que réalistes, des notions un peu précises, supposerait, à vrai dire, un élargissement de notre conception habituelle du monde, qui jusqu'ici n'a guère dépassé l'Europe, et qui devrait se décider à admettre l'existence de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique, et, d'une manière générale de la terre entière, avec la diversité de ses races et de ses civilisations. Chacun peut constater aujourd'hui qu'un citoyen français d'éducation moyenne ne connaît # guère des grands courants de la civilisation humaine que l'hellénisme, le christianisme, et le rationalisme de la Révolution française. Bien que nous possédions depuis fort longtemps l'Algérie, le nombre des personnes qui ont en France des clartés sur la civilisation musulmane est infime, et l'on seiftt presque porté à y considérer comme une sorte de perversion de la curiosité l'intérêt que certains chercheurs, dont la distinction ne suffit pas à racheter le petit nombre , montrent parfois pour les civilisations égyptienne, persane, indienne, chinoise et malaise. L'idée que nous nous faisons couramment de l'humanité

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