CHAPITRE IL
duction récente de l'élément cambodgien, et surtout de l'élément chinois, si elle donne les résultats qu'on en attend, aura l'avantage non seulement de ne pas faire porter sur les seuls Annamites tout l'effort de la contribution militaire, et, par là, d'assurer une répartition plus équitable de cet impôt, mais encore d'asseoir le recrutement de notre armée indigène sur la variété des races , que l'expérience anglo-indienne démontre être une mesure excellente de consolidation et de sûreté. Aussi bien une juste proportion entre l'élément natif et l'élément européen est observée en Indochine, d'après les principes de prudence que l'histoire enseigne aux gouvernements européens qui ont des armées coloniales.
Les soldats des régiments indigènes peuvent devenir sous-officiers, mais ne parviennent pas, dans l'armée native, au grade d'officier. Il ne paraît pas qu'ils le regrettent beaucoup, le premier soin d'un Annamite que tente notre civilisation, ou qui désire s'élever, étant de se faire lettré et d'éviter les charges militaires. Ce sont donc nos officiers et nos sou&-officiers qui encadrent tirailleurs, canonniers et chasseurs. Voici en quels termes un de leurs anciens chefs, M. le commandant Chabrol, dans son livre sur les opérations militaires au Tonkin, les apprécie : <t L'Annamite est, au physique, peu vigoureux, d'aspect chétif et efféminé. Au moral il n'a qu'un penchant naturel faible pour le métier des armes. Mais toutes ces causes d'infériorité militaire sont en partie rachetées par ses merveilleuses qualités de souplesse et de docilité, grâce auxquelles on fait tout ce qu'on veut de l'Annamite, même un soldat, surtout si l'on tire convenablement partie de la confiance qu'il a pour son grand frère d'armes, l'Européen. i> — Dans les casernements les habitudes de la vie indigène sont aussi respectées que possible. Elles le sont encore davantage dans les «postes des territoires militaires. Les régiments de tirailleurs tonkinois sont d'ailleurs principalement affectés à la garde des territoires, le séjour des villes, et
peut-être une assimilation trop exacte de traitement entre le soldat européen et le soldat indigène, n'ayant pas donné de bons résultats. L équipement est, lui aussi, autant qu'il se peut, adapté aux habitudes indigènes. Le jour où l'on s'avisa d'affubler de chaussures, et de tout le détail du grand et du petit équipement de la cavalerie européenne , l'escadron de chasseurs annamites, les petits cavaliers, habitués à prendre l'étrier entre le pouce du pied et les autres doigts, demeurèrent bien en peine de ce luxe : il fallut renoncer à faire violence à leurs traditions.' Mais les mêmes paysans qui, quelques mois plus tôt, piétinaient la boue de leurs rizières, étonnèrent le public du carrousel de Hanoï par leur souplesse et leur adresse à manier le chevaL Cette légèreté de l'équipement, et la sobriété' des hommes, dont|la ration se "compose de riz et de sel, donne aux troupes natives une incomparable mobilité. Déjà nos soldats coloniaux, habitués, comme leurs officiers , à un train de vie beaucoup plus simple que la plupart des troupes coloniales étrangères , ont réduit à leur minimum ces convois, de coolies et de mulets qui, pour l'armée anglaise des Indes, par exemple, prennent, avec l'adjonction de bagages, valets d'armée et camp followers de toute sorte, des proportions considérables. Mais 'aucune troupe européenne ne saurait rivaliser de légèreté avec ces petits hommes jaunes, qui n'ont pour ainsi dire besoin de rien, qui sont toujours prêts , et qui passent partout avec leur fusil, leurs cartouches, et huit cents grammes de riz dans, leur musette. Lorsqu'on les voit descendre de la haute région on a peine {à croire que ces êtres au chignon tressé sous le salako , qui s'en vont en jouant de l'éventail , sont des soldats. Ce sont de vaillants soldats pourtant, dont l'énergie, la fidélité à leurs chefs et la solidité au feu ont été éprouvées en mainte circonstance. Dans toutes les opérations auxquelles ils ont concouru il' y. a eu de nombreuses citations à l'ordre et de nombreuses récompenses méritées par lés tirailleurs, et, lors du dernier siège