CHAPITRE IL
de Tientsin (T'ien-tsin-fou), la bravoure européenne et japonaise a rendu hommage au sang-froid des canonnière indigènes des batteries qui avaient été expédiées de l'Indochine.
On peut rattacher à l'organisation militaire , encore qu'elles dépendent de l'autorité civile , les forces de police de la gendarmerie et de la garde indigène. La gendarmerie est constituée en une compagnie de l'Indochine, que commande un chef d'escadron. Les trèfles et le baudrier des gendarmes jouissent auprès des Annamites d'un prestige plus considérable encore que dans nos campagnes françaises, bien qu'ils ne soient pas chansonnés en Indochine* Les services indiscutables que rendent ces braves gens au bon ordre et à t la sécurité publique ont fait augmenter le nombre de leurs postes , et on leur a adjoint récemment des auxiliaires indigènes.
Quant à la garde civile de l'Indochine, qui ne s'étend d'ailleurs pas à la Gochinchine , où les administrateurs disposent seulement de quelques agents subalternes, elle a, pour ainsi dire, le même recrutement et la même organisation que les autres corps militaires, puisque ses miliciens sont souvent eux-mêmes d'anciens tirailleurs, et que ses cadres européens sont fournis par d'anciens officiers et sous-officiers de l'armée, qui portent le nom d'inspecteurs et de gardés principaux. Mais la destination en est différente. La garde indigène est la force de police par excellence, à la disposition des administrateurs, et qui, comme telle , au Tonkin , au Laos , en Annam , au Cambodge , dernièrement à Quang-tcheou , où existe une milice chinoise, a travaillé avec peu de bruit, et à peu de frais, à la difficile et parfois périlleuse besogné de la pacification. Elle a même fait la police hors de l'Indochine , et le détachement demandé par la colonie française de Changhai pour assurer l'ordre dans la ville pendant les troubles provoqués dans le Nord par le mouvement boxeur y a laissé d'excellents souvenirs.
La défense de l'Indochine se complète par la défense de ses frontières, terrestres et maritimes.
Une partie de la frontière de terre se trouve assez exposée, celle qui, à la limite Est et Nord-Est duTonkin, regarde les deux provinces chinoises passablement agitées du Kouang-si et du Kouang-tong. Dans ces régions , l'autorité du vice-roi des deux Kouangs , qui réside à Canton (Kouang-tcheou-fou), demeure assez faible, et son action effective , excepté quand il envoie au loin des colonnes militaires , ne dépasse guère l'agglomération de l'immense ville. Les mandarins provinciaux, dont le principal souci est de ne pas s'attirer d'affaires, n'y sont pas non plus très obéis. D'ailleurs une organisation économique mauvaise, ou, pour mieux dire, l'absence d'organisation économique, met à la merci d'une récolte un pays naturellement pauvre. Les habitants, dont l'humeur est d'ailleurs remuante, sont donc portés à chercher euxmêmes les moyens d'existence que leur sol et leur gouvernement ne leur donnent pas. Il s'ensuit que la piraterie est dans ces régions à l'état endémique, avec des poussées périodiques à certaines époques de Tannée , et que le pays se trouve dans des conditions d'insécurité à peu près analogues à celles dont notre intervention» a retiré , il n'y a pas vingt ans, le Tonkin. Les pirates mettent en coupe réglée la vallée supérieure du Si-kiang, comme ils exploitaient jadis la haute vallée du Fleuve Rouge, et ajoutent la perception de leurs propres likins à ceux que percevaient, dernièrement encore, les autorités provinciales. Celles-ci ont le plus souvent intérêt à composer avec eux, et ce sont nécessairement le commerçant etïe cultivateur qui font les frais de cette entente. Le gouvernement chinois entretient, il est vrai, des troupes chargées de veiller à la sécurité de la frontière. Mais il est arrivé quelquefois que les réguliers demeurés sans solde se sont mutinés et ont dû se faire , à leur tour, pirates pour vivre. Un chef énergique, le Kong-pao Sou-yuen-tchang, commandant en chef les