CHAPITRE IL
Fleuve Rouge, en fermant une bonne fois notre frontière contre les insultes du dehors. Un règlement annexe, joint à la convention, établissait un système fort ingénieux de police mixte , qui fonctionne toujours, et qui a donné d'excellents résultats. Des commissaires français et chinois installés à Moncay et Tong-hing pour la frontière du Kouangtong, à Langson et P'ing-siang pour celle du Kouang-si, à Laokay et Ho-k'eou pour celle du Yunnan, ont sous leurs ordres un certain nombre de postes militaires doubles, placés de part et d'autre sur la même voie de pénétration, qui se renseignent mutuellement, délivrent et contrôlent les passeports, et concertent, au besoin, leurs dispositions pour une action commune. Des relations de courtoisie , et très souvent de sympathie, se nouent entre officiers français et mandarins militaires chinois au cours des visites échangées. Cette organisation a permis d'en finir avec la piraterie, et d'en finir par les moyens pacifiques, alors que la répression avait été jadis meurtrière, coûteuse, et souvent inutile. Par une heureuse combinaison de douceur patiente et de fermeté, en rendant confiance aux races indigènes et en les suscitant contre leurs envahisseurs chinois , les colonels Galliéni à l'Est , Pennequin à l'Ouest, ont peu à peu, et sans coup férir, reconduit les perturbateurs jusqu'à la frontière, en les y faisant même enrôler parfois parmi les réguliers, comme défenseurs d'une sécurité qu'ils avaient trop longtemps compromise. Le dernier coup fut porté à la piraterie annamite à l'arrivée de M. le Gouverneur général Doumer, qui ordonna , et dirigea même, pour ainsi dire, une action énergique contre le chef rebelle le de-doc Tham, en 1897. Celui-ci, cerné de toutes parts, préféra la sécurité d'une reddition à l'issue douteuse d'une lutte extrême, et sa conduite depuis cette époque, pas plus que celle des autres chefs soumissionnaires, n'a donné lieu à aucun reproche.
La piraterie maritime, qui pendant longtemps avait désolé la baie d'Along et l'archipel du Tonkin, et qui, aujourd'hui encore, ne laisse
IHPMHCKIC XATIOXALI.
qu'une sécurité relative aux jonques dans les eaux chinoises de Pakhoï (Pei-hai), a été extirpée de même par l'activité de nos canonnières et l'institution, en 1895, d'un règlement de police mixte analogue à celui de la frontière de terre. Les barques chinoises venant pêcher dans nos mers sont astreintes à la production de papiers d'identité analogues aux passeports délivrés pour les routes terrestres et à l'abandon de leur artillerie , qu'elles ont d'ailleurs la faculté de reprendre à leur départ* C'est le service des Douanes et Régies de l'Indochine qui exerce aujourd'hui cette police, et l'on peut voir à son poste de l'île de la Cacba un véritable parc de vieux canons, vénérables et rouilles, qui y sont déposés par les jonques.
L'Indochine n'a plus, en dehors de sa flottille fluviale, ^t des bâtiments légers de haute mer et des torpilleurs qui défendent ses côtes, de division navale qui lui soit spécialement affectée. La et force navale des mers d'Orient», organisée par décret du 1 er avril 190a, dispose, pour les deux divisions de son escadre active, du champ beaucoup plus étendu des mers de Chine et du Japon, de Madagascar et du Pacifique. C'est pourtant l'Indochine qui conserve sa division de réserve , que commande, à Saigon, un contre-amiral. C'est encore elle qui, sur les quatre <r points d'appui» de cette flotte, en a deux : Saigon et Port- Courbet. Le port de Saigon, toujours accessible, est admirablement défendu, non seulement par sa situation naturelle, mais encore par les fortifications dont on a récemment doté le cap Saint- Jacques. La marine y a un arsenal et deux bassins de radoub. Elle a également un petit arsenal à Haïphong, dont Port-Courbet, qui protégeait déjà les charbonnages , protégera encore plus efficacement la passe , depuis que l'entrée de cette passe a été décidée par la baie d'Along. L'arrièrepays offre en Indochine des ressources en vivres et en charbon pour ainsi dire illimitées, et le chemin dé fer y servira singulièrement les