‹ L'IndochineChapitre 29 sur 218 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ses membres ont rendu aux finances de l'Indochine des services que celle-ci ne saurait oublier sans ingratitude.

Le rôle du Ministre des colonies vis-à-vis du Gouvernement général de l'Indochine est donc essentiellement un rôle de haute direction et de vigilant contrôle. A ce degré, d'ailleurs, on peut dire que le Conseil des Ministres et le Gouvernement tout entier sont associés à son con-

trôle pour maintenir la politique indochinoise en harmonie avec la politique générale de la République, et dans son étroite dépendance. Mais, si le Ministre a légitimement le droit de veto sur les mesures prises par le Gouverneur général , la nature même des choses lui interdit raisonnablement, à de rares exceptions près, l'initiative des mesures à prendre. Cette vérité de bon sens qu'on ne peut gouverner de Paris une possession lointaine, et que l'action doit être où sont non seulement les besoins, mais aussi les connaissances et les ressources, c'està-dire les vrais moyens d'action, si éloquemment défendue jadis par Jules Ferry, a triomphé enfin de notre naturelle tendance à la centralisation autoritaire et de l'ingéniosité que les bureaux ont longtemps déployée pour remettre la main sur des pays qu'ils sentaient leur échapper. Il était naturel que la politique de centralisation bureaucratique et d'assimilation intempérante fût à la première étape de notre politique coloniale. Elle est d'une application commode, et immédiate, puisqu'elle consiste principalement à ne rien déranger à nos habitudes et à exporter dans tout l'univers nos institutions et nos mœurs, ce qui nous dispense d'aller y étudier les mœurs et les institutions d'autrui. Mais les progrès de l'esprit public, et l'influence de quelques personnalités particulièrement autorisées sur les questions extérieures, lui ont substitué aujourd'hui un peu partout une politique moins simpliste, moins attachée au dogme de l'infaillibilité métropolitaine, plus curieuse de connaître, par des recherches scientifiques, le passé et le

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présent des peuples dont nous avons assumé la tutelle, de chercher en eux l'orientation de cette tutelle, et de les aider à vivre leur vie au lieu de les contraindre à la nôtre. C'est cette sage doctrine qui a rendu à l'Algérie sa personnalité algérienne, et remplacé la servitude anonyme des rattachements et l'inanité des agitations tapageuses par l'action silencieuse et féconde des délégations financières (1) . C'est elle qui a permis à l'Indochine de développer, dans le sens et avec l'aide de la protection française , sa personnalité asiatique. — Le respect d'une telle politique demande, à vrai dire, chez un gouvernement central, de rares vertus. Une métropole qui a tout pouvoir est quotidiennement obligée de résister à la tentation d'en abuser, et il lui faut, pour n'y pas succomber, une maîtrise de soi et une vigueur de libéralisme dont la pratique est

(y La lecture des travaux si intéressants des délégations financières montre que, par une marche indépendante, et en tenant compte des conditions spéciales que lui imposent sa proximité de la métropole, l'importance de sa population française et européenne, qui a une vie politique déjà très développée,* le nombre et le degré de civilisation de nos protégés musulmans, et les ressources de la terre algérienne, l'Algérie s'achemine vers une organisation politique, financière , et économique , non point analogue , mais inspirée de tendances analogues à celles qui ont présidé à l'organisation de l'Indochine : rupture avec le gouvernement anonyme et irresponsable des bureaux métropolitains, — en France, large décentralisation p ;litique qui fortifie les pouvoirs du Gouverneur général, directement responsable devant le Ministre de l'intérieur et le Conseil des Ministres, — en Algérie, large décentralisation administrative qui donne également à des directeurs de grands services techniques l'initia-

tive avec la responsabilité, — représentation aussi exacte que possible des intérêts et des catégories de la population, — groupement de toutes les (activités du pays en une union destinée à faire sa force, — aménagement utile des ressources , concentrées en un grand budget commun], et affectées, autant qu'il se peut, à la constitution d'un outillage, que l'emprunt permet d'exécuter avec méthode et avec économie. Dans le rapport fait au nom de la commission des finances chargée d'examiner le projet de budget pour l'exercice 1903, M. de Solliers, délégué financier, s'exprime ainsi : . . . crLes directions algériennes doivent devenu* des colonnes de notre édifice financier, et elles ne sauraient , dès lors, être trop solides. Les directeurs seront nos ministres à nous, que nous devons pouvoir interroger a notre aise, qui doivent dans une certaine mesuré, être responsables devant nous, et qui ne peuvent l'être que si on leur reconnaît une certaine indépendance et quelque initiative. . . Le Gouvernement général se

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