CHAPITRE III
particulièrement difficile, même à un pays libre. Ce sera l'honneur des divers Ministres des colonies d en avoir assuré le maintien.
Aussi bien la jurisprudence n'a fait ici que consolider le cr droit écrit». G est le célèbre décret du a i avril 1891 qui a marqué la décentralisation décisive en Indochine de l'initiative gouvernementale , en armant son Gouverneur général de pouvoirs extrêmement étendus. Le Gouverneur général y est déclaré le cr dépositaire des pouvoirs de la République dans l'Indochine française». Il a seul la correspondance avec le Gouvernement. Il correspond aussi directement avec les agents diplomatiques et consulaires français en Extrême-Orient, mais il ne peut, bien entendu, engager une action diplomatique en dehors de l'autorisation de la métropole. H nomme et révoque à tous les emplois subalternes et il a même la nomination jusqu'au grade d administrateur de 5 e classe dans le personnel des Services Civils. Les agents de grade supérieur sont encore présentés par lui au décret d'investiture. Il exerce sur tout le personnel une action disciplinaire : toutefois , en ce •qui concerne le personnel supérieur, il ne peut que proposer les sanctions à intervenir à la décision du Ministre. Il organise les services et règle leurs attributions. Dune manière 'générale, la compétence des arrêtés qu'il prend en toute matière n est limitée que par l'intervention du Ministre. Il dresse les six budgets de l'Indochine et les fait exécuter
transformerait ainsi en une sorte de présidence un peu plus effective que cdie que Ton rencontre dans la métropole, et qui est nécessaire à un pays qui a besoin d'autant d'autorité que de liberté. Le Gouverneur pourrait à la fois être un ministre vis-à-vis du Parlement et un véritable chef d'étal par rapport à nous, ce 'qui correspond bien à son double rôle de représentant des assemblées a 1 gériennes à Paris et de délégué du gouvernement de la France en Afrique.* — Tout récemment,
dans la mesure beaucoup plus restreinte que permettait seule un degré de civilisation et de richesse incomparablement moins avancé, une organisation de ce genre des forces unifiées de l'Afrique occidentale française a été réalisée par M. le Gouverneur général Roume, qui avait suivi de très près, comme Directeur des affaires d'Asie au Ministère des colonies, l'organisation de l'Indochine, où il avait même accompli une mission au commencement de l'année i8*j8. . .
après approbation. Enfin il est responsable de la défense intérieure et extérieure de l'Indochine, et dispose, à cet effet, des forces de terre et de mer qui y sont stationnées.
Ce décret de 1891 est l'aboutissement nécessaire et logique du régime des décrets. La délégation législative expresse et permanente conférée au chef du Pouvoir exécutif par le sénatus-consulte de i854, et maintenue par le Parlement, le Président de la République la transmet à son tour au Gouverneur général , en passant par le Ministre des colonies. Il est donc exact de dire que , à l'exception des matières évoquées directement par le législateur métropolitain, ou déjà réglées par les décrets — ces matières sont, à la vérité, très nombreuses et très étendues — c'est par l'intermédiaire de son Gouverneur général que la France gouverne en Indochine.
Le poste est, par suite, l'un des plus considérables que la troisième République puisse offrir à ses hommes d'Etat. Mais la concentration indispensable en un seul homme de ces attributions législatives , militaires, administratives, financières et disciplinaires, s'accorderait mal avec nos mœurs politiques si la force même d'un tel pouvoir ne trouvait une compensation dans sa précarité. La durée du mandat d'un Gouverneur général n'est pas limitée , mais l'usage a paru s'introduire de la fixer, comme pour les Gouverneurs généraux de certaines possessions étrangères, à cinq ans. L'un des plus grands services que le dernier titulaire ait rendus k la fonction, c'est d'y avoir duré, et, en inaugurant précisément la tradition des cinq années, d'avoir rompu avec cette autre tradition de l'instabilité des hommes qui avait tant nui jusqu'alors à notre politique indochinoise.
L'organisation actuelle de l'Indochine est, dans la mesure réduite où l'application en était possible à notre établissement, inspirée des mêmes principes de gouvernement colonial que ceux qui régissent la