CHAPITRE III
recloutaient pas d'avoir, pendant ce temps, leur avenir compromis en France, et s'ils étaient assurés que les services rendus outre-mer, loin de les faire oublier, leur seraient comptés comme un titre plus important, parce que plus pénible à acquérir, que les titres métropolitains, et leur garantiraient à leur retour, là bienveillance d'un traitement, non de faveur, mais de justice.
Le personnel spécial à notre possession comprend, avec celui de divers services locaux et généraux, le personnel du cadre indochinois des Douanes et Régies , et surtout le grand corps des Services Civils de l'Indochine. Tous deux se recrutent parmi les jeunes gens pourvus des diplômes de bachelier, de licencié et de docteur, ou des brevets des Ecoles de l'Etat. Ils font un large emprunt à l'Ecole coloniale de Paris, où les élèves reçoivent une éducation professionnelle très poussée : la préparation à la vie indochinoise est donnée à cette Ecole dans des cours asiatiques spéciaux, auxquels vient s'ajouter d'ordinaire la fréquentation de l'Ecole des langues orientales vivantes, et aussi des diverses facultés de l'Université de Paris. Dans le corps dés Services Civils, tes administrateurs stagiaires venus de l'Ecole coloniale se rencontrent avec les commis venus de la nomination directe, et concourent avec eux à l'avancement, qui est donné par arrêté du Gouverneur général jusqu'au grade d'administrateur de cinquième classe inclusivement. La règle indienne suivant laquelle, la première sélection étant faite en Europe par le concours et l'année de probalion, les avancements du Civil Service sont ensuite donnés exclusivement dans l'Inde, n'est pas entièrement observée pour l'Indochine , et le pouvoir central évoque les nominations à partir de la quatrième classe , où un décret , rendu sur la proposition du Ministre , devient nécessaire. Mais, ici encore, les propositions sont faites au Ministre par le Gouverneur général, et il va sans dire qu'il en est tenu grand compte. Au seuil de la quatrième classe, une garantie nou-
velle se surajoute à celle des diplômes, de la préparation de l'École coloniale, et du stage fait en Indochine. L'accès aux grades supérieurs est subordonné à l'épreuve d'un examen des plus sérieux, qui comporte, entre autres matières, des compositions et interrogations de langues indigènes. La série des classes d'administrateurs conduit au grade d'inspecteur des Services Civils , puis enfin k celui de Lieutenantgouverneur ou de Résident supérieur. L'avancement est donné au choix, d'après un tableau arrêté dans une grande commission que préside le Secrétaire général à la session ordinaire du Conseil supérieur. Le personnel des Services Civils assure le fonctionnement des services d'administration générale et de politique indigène en Indochine, soit dans les bureaux, soit dans les provinces, où ses fonctionnaires portent, suivant les pays, des noms différents : administrateurs en Cochinchine, administrateurs-résidents au Cambodge, en Anna m et au Tonkin, administrateurs-commissaires du gouvernement au Laos. Les inspecteurs accomplissent, comme leur nom l'indique, des tournées d'inspection et des missions diverses. Ils sont parfois appelés à des postes particulièrement importants, comme la résidence-mairie de Hanoï. Ils font l'intérim du Gouvernement cochinchinois , ou des Résidences supérieures, en cas de vacance, et ils sont eux-mêmes des Gouverneurs et Résidents supérieurs en expectative.
Le séjour réglementaire en Indochine est, sauf le cas de maladie, de trois ans pour tous les fonctionnaires civils. Au bout de ce temps, il leur est accordé, à eux et à leur famille, un passage aller et retour en France, pour y jouir d'un «congé administratif» de six mois, à solde entière d'Europe, qui est la moitié de la solde coloniale. La prolongation du séjour en Indochine donne droit à une prolongation proportionnelle du congé en France. Enfin, des pensions de retraite sont assurées à tout le [personnel indochinois, par une caisse locale autonome , constituée en 1 8 9 8 , et alimentée à la fois par des retenues