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CHAPITRE IV

administrateurs français du corps des Services Civils, secondés par un personnel indigène à notre nomination et qui, bien que portant les titres honorifiques de doc-pkd, phû et huyêh, n'en a point les attributions correspondantes en pays de protectorat, et reste employé dans nos bureaux. Un conseil provincial élu assiste en outre l'administrateur et l'aide à dresser son budget. Depuis longtemps le trouble que l'exercice direct de notre domination avait pu apporter est dissipé chez les populations cochinchinoises , qui sont familiarisées avec leurs administrateurs. Ceux-ci connaissent d'ailleurs presque tous la langue annamite , et leur activité consiste principalement à favoriser de leur mieux ces travaux agricoles qui ont pris, depuis la pacification de la Cochinchine, une extension si remarquable.

Le Tonkin était encore bien moins paisible, et encore moins dépendant de Hué, quand nous y sommes intervenus. Il servait d'ailleurs de séjour à une fraction dissidente de la population annamite, et comptait un certain nombre de partisans de la très ancienne dynastie des Le, que la dynastie actuellement régnante des Nguyên a supplantée avec l'Empereur Gia-Long. Surtout il avait été de tout temps, et serait encore sans doute si nos soldats des territoires militaires n'y faisaient bonne garde , la terre d'élection des envahisseurs. Les débris refoulés de la grande insurrection des T'aï-P'ing étaient venus s'y installer, et les troupes du gouvernement annamite ne parvenaient pas à les ueloger, non plus qu'à déterminer les réguliers chinois du vice-roi des deuxKouangs, dont elles avaient imprudemment sollicité le concours,' à prendre un congé définitif. Notre première tâche était donc de pacifier. L'œuvre de la pacification fut aussi meurtrière et aussi onéreuse que la conquête, sinon davantage, et paralysa pendant dix ans les essais d'organisation des résidents et des Gouverneurs généraux. La convention de 1896, qui ferma notre frontière sino-tonkinoise , et le règle-

ment qui lui était annexé pour le fonctionnement de la police mixte, en nous mettant enfin chez nous , nous permirent d y régler seuls nos affaires : la soumission du dé-Tham et la répression de l'effervescence soulevée, en décembre 1897, par IV enfant miraculeux??, ou Ky-Dong, marquent les dernières convulsions d'un régime de troubles plus que séculaires au Tonkin et l'ouverture d'une période nouvelle d'activité pacifique.

Mais les conditions mêmes dans lesquelles s'était effectuée notre conquête , la concentration que les circonstances nous avaient obligés à faire de la majeure partie de nos forces sur le pays tonkinois, aussi bien que sa valeur propre , et la relative indépendance dans laquelle il se trouvait à l'égard de Hué, nous avait conduits à lui appliquer un régime spécial : le traité du 6 juin 1 884 avait pour objet de déterminer ce régime, en disposant que des résidents de France seraient placés dans les chefs-lieux de province auprès des mandarins tonkinois. Dès le début, par conséquent, tandis que l'administration indigène en Annam restait encore autonome, l'administration indigène du Tonkin était déjà contrôlée par nous. Cet acte consacrait, en droit, l'abolition de l'autorité de l'Empereur sur les provinces tonkinoises, qui avait d'ailleurs été de tout temps vacillante, et que notre conquête venait de supprimer en fait. Pourtant on parut d'abord regretter les conséquences dé cette hardiesse , et l'on revint en arrière en faisant installer par l'Empereur d'Ànnam, en 1886, à Hanoï, un haut commissaire impérial pour le Tonkin, appelé kinh-luoc. Les progrès de notre •influence, l'installation à la Résidence supérieure d'un bureau indigène très versé dans les questions annamites , ne lui laissèrent bientôt plus d'initiative pour agir utilement. Il n'en avait guère que pour retarder les affaires , qui se traitaient en partie double dans ses bureaux et ceux de la Résidence supérieure. Il faut rendre cette justice à S. Exe. Hoang-cao-Khaï qu'il s'acquitta avec beaucoup de tact et de

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