‹ L'IndochineChapitre 49 sur 218 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

fidélité d un rôle particulièrement difficile. Mais son dévouement à notre cause méritait une meilleure récompense. C'est pourquoi une ordonnance impériale , prise en août 1 897, lui conféra le maximum des honneurs que puisse obtenir un dignitaire annamite, et, maintenant toutes ses prérogatives à la personne, supprima les fonctions devenues inutiles de kinh-luoc. La métropole parut craindre un instant que cette mesure donnât lieu à quelque mécontentement. L'événement na pas confirmé cette crainte, et le nouvel état de choses a même pu risquer une épreuve plus décisive, qui a révélé la mesure de l'influence que peut conserver encore la cour de Hué sur le ïonkin. Lors des fêtes qui ont eu lieu à l'occasion de la session extraordinaire du Conseil Supérieur en février dernier, la venue de l'Empereur d'Anna m à Hanoï, où on ne l'avait jamais vu, a provoqué une appréciable émotion chez les mandarins, initiés à l'histoire et aux rites, et suscité dans la population un mouvement de curiosité extrême. Une affluence d'indigènes tout à fait inusitée se pressait à l'arrivée du cortège officiel. Mais, bien qu'il soit singulièrement malaisé de savoir ce que pensent les foules asiatiques, qui ne manifestent point comme les nôtres, il paraît devoir résulter de renseignements autorisés que le sentiment inspiré par la vue du souverain a été presque partout, la curiosité satisfaite, une sorte d'indifférence polie.

Notre administration se retrouve donc directement en présence de la population avec ses mandarins lettrés et les notables des communes. Chaque province tonkinoise est aujourd'hui dirigée par un administrateur des Services Civils résident de France , qui a sous ses ordres un personnel européen, et qui est assisté de hauts mandarins indigènes appelés long-doc, quan-bo, tuan-phu et ansat. La province est divisée en un certain nombre de circonscriptions annamites, appelées phû et kuyên, que dirigent des mandarins qui portent le même nom. La collaboration des autorités françaises et tonkinoises est étroite , les fonctionnaires des

Services Civils parlant de plus en plus la langue native , et les fonctionnaires annamites connaissant pour la plupart le français. Toutefois, si une action réelle est laissée aux autorités indigènes, il ne s'ensuit pas que notre contrôle soit illusoire. Pour le rendre plus efficace encore, certaines provinces trop étendues ou trop chargées ont été dédoublées dernièrement, et, dans chaque province , certaines régions éloignées de la résidence principale ont été érigées en centres administratifs où un administrateur ou commis des Services Civils représente . le résident, celui-ci continuant à demeurer seul responsable de sa province. En territoire militaire, l'administration indigène est exercée, sous la haute autorité du Général commandant supérieur, par les officiers commandant de cercles et de secteurs et leurs subordonnés. C est même une des raisons pour lesquelles la connaissance des langues est si nécessaire à nos officiers coloniaux. Mais le Gouverneur général intervient pour l'avancement des mandarins à partir du quatrième degré, pour leur nomination ou révocation, ainsi que pour la nomination de chef indigène de province, tong-doc ou tuan-phu. Le personnel indigène des bureaux, dans les territoires, est prêté par ceux de la Résidence supérieure du Tonkin.

Le Tonkin est un pays de civilisation indigène incomparablement plus avancée, pour le présent, que n'importe quelle autre région de l'Indochine. La culture intellectuelle y est notamment très en honneur : elle est malheureusement tournée à peu près uniquement encore vers la recherche des emplois publics. Notre éducation aura, il faut l'espérer, pour résultat de convaincre l'élite de la population tonkinoise qu'il y a d'autres voies, au moins aussi intéressantes, ouvertes à son activité. Mais il n'est ni possible, ni équitable, d'essayer de l'en détourner brusquement. L'administration du protectorat continue donc à favoriser les études littéraires , et même elle entoure de solennité française la solennité traditionnelle des grands concours

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