CHAPITRE IV
triennaux de Namdinh, dont le Gouverneur général préside en personne la distribution des prix. On na eu garde de toucher au programme classique, et presque rituel, d'études chinoises qui est imposé aux candidats , mais on n'a pas cru pouvoir tenir indéfiniment séparés de notre civilisation les collaborateurs qui seront appelés à en faire accepter la tutelle, et, en 1898, une série d'épreuves supplémentaires devant porter sur la langue française a été prévue pour les premiers examens triennaux de 1903. Les mandarins seront choisis de préférence parmi les candidats, pourvus de grades universitaires annamites, qui auront subi avec succès ces épreuves. Des écoles préparatoires donnent déjà cet enseignement, et la plus importante d'entre elles, celle àeshaubo, est dirigée à Hanoï par M. Hoang-trong- Phu, fils de l'ancien kinh-luoc du Tonkin, qui a lui-même reçu dans une famille française une éducation excellente.
Les mandarins nommés par la Résidence supérieure parmi les lauréats des concours vont servir dans les provinces. On y a dernièrement relevé leurs traitements pour enrayer, autant qu'il se peut, la très ancienne habitude qu'ont les fonctionnaires indigènes de tirer de leurs fonctions des revenus illicites. Un proverbe tonkinois dit que le mandarin cr doit mangera. Il n'est que de s'entendre sur les limites de l'appétit, et, pour éviter au pasteur affamé la tentation de prélever sa nourriture sur son propre troupeau , on lui a assuré des soldes que l'extrême bon marché de la vie annamite rend avantageuses (1) . Ce point spécial , qu'on peut espérer parvenir à modifier, est, d'ailleurs, le seul qui laisse vraiment à désirer dans la collaboration des mandarins. Sans doute il y a là une population de lettrés intelligente et ambitieuse,
(1) La solde d'un tong-doc est de aoo pias- huyén, ou chef de canton, a ko piastres par très par mois au Tonkin, et de 100 seulement mois au Tonkin, et de 2 à à 3o piastres en en Annam, où la vie est moins chère. Un Ànnam.
qui volontiers se remue, et ourdit les mêmes combinaisons qui se trament en tous les pays du monde pour obtenir de l'avancement. Mais il semble qu'avec des égards, et aussi un peu de fermeté, on en puisse faire aisément des auxiliaires dévoués et utiles.
Ils ne sont d'ailleurs plus nos seuls intermédiaires vis-à-vis de la population , et notre protectorat accorde aujourd'hui un certain rôle aux notables des communes. On eut jadis pour eux les plus grandes ambitions : le Résident général Paul Bert, qui, à tant d'égards, par la largeur de l'esprit et la générosité du caractère, fut [un précurseur, songea un moment à les appeler à une sorte d'assemblée des états généraux du Tonkin. Il faut bien reconnaître, malgré le libéralisme élevé qui inspirait son auteur, que ce projet répondait plus à des réminiscences françaises qu'à des nécessités tonkinoises. L'événement se chargea de démontrer qu'il ne fallait pas, du moins dans l'état actuel de leur éducation politique, demander aux notables des communes des idées sur la gestion d'intérêts dépassant quelque peu la portée des affaires communales. On a pourtant fait un pas de plus, en 1898, en instituant, dans chaque province, une commission consultative dont les membres sont choisis par le résident à raison d'un notable par huyên ayant sept cantons au moins, et deux notables par huyên ayant plus de sept cantons. Les commissions consultatives ne votent pas le budget provincial, comme le font les conseils provinciaux de Gochinchine, mais sont seulement consultées à leur sujet, ainsi que sur toutes les questions intéressant la province. Elles se réunissent deux fois par an, au mois de mars et au mois d'octobre. Elles donnent déjà, sur ces questions toutes locales, des avis non négligeables. Elles représentent donc, dans la mesure encore très restreinte où l'expérience en demeure possible, un commencement d'association de la population indigène à notre politique, et elles la préparent à cette participation plus étendue à son propre gouvernement que le nécessaire progrès