CHAPITRE IV
supérieur. C'est encore le Résident supérieur qui préside le Conseil secret, et c'est lui qui contresigne et rend exécutoires toutes les ordonnances prises par l'Empereur.
Une partie de la tâche des Ministères se trouve faite aujourd'hui par les services européens en ce qui concerne l'armée, le fisc et les travaux publics. Mais il leur reste encore une grande autorité pour l'intérieur, la justice et les rites. Cette autorité s'exerce toutefois sous le contrôle de deux fonctionnaires des Services Civils , délégués en permanence par ; la Résidence supérieure de Hué auprès des Ministères, et qui ont un bureau à côté des leurs, dans l'intérieur de la citadelle. Les Ministères envoient parfois des commissaires impériaux en tournées d'inspection dans les provinces. Ils chargent notamment de hauts mandarins de la cour de faire passer les examens triennaux dans les «camps de lettrés» de Hué,-Thanhoa, Vinh et Rinhdinh. Des examinateurs sont également délégués par les rites aux concours triennaux de Namdinh au Tonkin, dont l'Empereur confère les brevets. Cette dépendance purement rituelle est, nous l'avons vu, la seule que le Tonkin conserve encore vis-à-vis de la cour de Hué. .
L'administration provinciale a gardé son ancienne organisation annamite. Il y a, à la tête de chaque province, un tong-doc, mandarin du deuxième degré, première classe, si la province est grande, ou un tuan-phu , mandarin du deuxième degré , deuxième classe , si la province est petite. Le quan-bo, anciennement chargé des finances et des digues, est [aujourd'hui débarrassé de ce soin. Le quan-an reste chargé de la justice. Cette administration indigène est à son tour contrôlée de très près par l'administration française. Un administrateur des Services Civils résident, placé à la tête de chaque province, y exerce sur place le contrôle , qui se continue par celui des délégués auprès des Ministères, et qui aboutit au contrôle suprême du Résident supérieur, président du Conseil des Ministres , et détenteur du contreseing indis-
1XDOCH I*E. 1 3
IHPKIMIUS ■ATIOIA».
pensable à l'exécution des ordonnances impériales. Par une juste réciprocité, deux membres du Gomat sont appelés à siéger au conseil du protectorat de l'Ànnam , et la collaboration des autorités françaises et indigènes reste donc, sur tous les terrains, très intime (1) .
Cette organisation du protectorat fonctionne normalement, et le gouvernement annamite semble entrer peu à peu dans révolution nouvelle. Il n'y a rien d'ailleurs, du moment qu'Sl respecte en Annam les rites, les mœurs et la propriété, qui le tienne irréductiblement éloigné de nous. Les souvenirs de la conquête, déjà anciens de près de vingt ans , ont beaucoup perdu de leur virulence : l'éloignement du prince Ung-Lich, un moment Empereur sous le nom de Ham-Nghi, et aujourd'hui interné à Alger, où une existence d'ailleurs digne et confortable, coupée d'agréables excursions en France, lui est assurée, a ôté au cr vieux parti», dont un certain nombre de représentants sont morts, le meilleur prétexte à la résistance. Les tendances vers la sympathie se développent, au contraire, tous les jours. Le jeune Empereur Thanh-Thaï, qui se morfondait au fond du palais triste où l'enfermaient les précautions soupçonneuses de la politique asiatique, en a été retiré par le dernier Gouverneur général, et [il a su gré à la protection française de l'avoir rendu à la vie et à la lumière. On s'est efforcé de compléter son émancipation en dissipant, par l'activité et les voyages , le trouble que n'avaient pu manquer d'apporter à un âge trop tendre le vertige d'une autorité sans frein, et la recherche des distractions où le jeune monarque inoccupé essayait, sans y parvenir, de tromper l'éternel ennui. C'est grâce à nous que l'Empereur a pris con-
(l) Dans un pays où les rites ont tant d'im- se faire rendre à Hué la première visite. Quand
portance, il est intéressant de noter que le il se rend au palais on ouvre pour lui la porte
Gouverneur général, représentant de la Repu- du milieu, jadis réservée aux seuls envoyés de
blique protectrice, a tenu, depuis la majorité Pékin.
de l'Empereur, proclamée par lui en 1897, à