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CHAPITRE IV

naissance de son empire, il a promené un peu partout, et notamment aux fêtes données à Saigon et à Hanoï, à l'occasion des sessions du Conseil supérieur, sa curiosité capricieuse et amusée- Il s'intéresse avec son peuple délié et intelligent à toutes nos manifestations d'intelligence. L'une des personnalités les plus considérables de la Cour, S. Exe. Nguyèn-Thàn, Régent et premier Ministre, déclarait, dans un entretien qu'il eut dernièrement, à Paris, avec un correspondant du « Temps v , que c'est là un sentiment général en Annam : <r . . . Depuis la pacification , tout le monde a compris que les résistances étaient inutiles et que le mieux était de s'accommoder du nouvel état de choses. Il n'y a plus de récalcitrants. On se tournait autrefois vers la Chine; maintenant on se tourne vers la France , et on a une grande curiosité de ce pays nouveau dont on entend parler tous les jours ». Un superbe pont, construit avec le concours du gouvernement annamite, relie aujourd'hui la Résidence supérieure, qu'on appelle toujours la Légation, à la vieille citadelle à la Vauban, dessinée par les officiers français de Gia-Long, où sont les palais et les Ministères. Les Annamites ne le boudent pas plus qu'ils ne bouderont le chemin de fer qui les mènera bientôt en quelques heures au port de Tourane. S. Exe. Nguyèn-Thàn, dans la même conversation que nous avons rapportée , exprimait sa surprise de voir les collines cultivées en France , alors qu'en Annam, pays essentiellement montagneux, les indigènes n'avaient jamais su que cultiver en rizières le pied des montagnes, c'est-à-dire fort peu de terrain. Or, l'un des soins du dernier Gouverneur général, au moment des réformes dans le mécanisme du protectorat qui ont accompagné l'émancipation de S. M. Thanh-Thaï, a été précisément d'obtenir de l'Empereur l'ordonnance du 27 septembre 1897 qui a constitué la propriété française. On sait de quel succès cette heureuse mesure a été suivie. Une colonisation intelligente, laborieuse et riche, a déjà commencé le défrichement de quelques

coteaux annamites et le montage de diverses exploitations industrielles. La découverte et l'aménagement de plateaux sains, et surtout le passage du chemin de fer et rétablissement du port de Tourane , apporteront un singulier réconfort k leur initiative , et il n est peut-être pas exagéré d'en attendre pour l'Annam une transformation totale.

• Le protectorat du Cambodge a une organisation parallèle à l'organisation annamite et s'inspire des mêmes principes de respect des traditions des indigènes, en même temps que de contrôle de leur administration et d'ouverture effective de leur pays à la civilisation de l'Europe. Le Cambodge a une très ancienne origine. Il connut, dans les environs de l'an mille , une ère de puissance et de prospérité dont un lointain souvenir subsiste dans les magnifiques vestiges d'Angkor. L'Ecole française s'occupe aujourd'hui de les explorer et de mettre un peu de clarté dans les ténèbres de la légende cambodgienne. Elle étudie le problème de savoir si le Cambodge représente, et dans quelle mesure il pourrait représenter en Indochine, la part de l'Inde, et si l'Inde, à son tour, ne serait pas parvenue dans la péninsule quelque peu déformée par un détour fait à Java. Quoi qu'il en soit, il paraît établi que l'ancien empire khmer, contenu à l'Est par le royaume cham, a exercé une souveraineté plus ou moins directe sur le Laos jusqu'à Luang-Prabang et sur une bonne partie du Siam actuel. Le Siam a d'ailleurs, depuis cette époque, largement repris sa revanche. En même temps qu'il faisait des incursions dans la vallée du Mékong, il dépeçait, province par province, le royaume cambodgien, quand notre intervention, en i863, sauva ce dernier d'une absorption totale. Le chef d'état-major du contre-amiral de Lagrandière, Gouverneur de la Gochinchine, arriva à temps à Oudong pour placer, au nom de l'Empereur des Français, sur la tête du Roi Norodom , la couronne qu'un ambassadeur siamois , spécialement envoyé

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