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CHAPITRE IV

de Bangkok, s'apprêtait à y déposer. Le traité du 1 1 août i 863 mit sous le protectorat de la France le Roi du Cambodge et son royaume. Le protectorat ne lui restitua point toutefois l'intégrité de ce royaume , et le traité du 1 5 juillet 1867, dénonçant l'arrangement conclu en dehors de nous par notre protégé en décembre 1 863 , permit l'abandon, au profit du Siam, des deux provinces cambodgiennes de Battambang et de Siem-Reap, ou Angkor. Le traité conclu, le 3 octobre 1893, entre M. Le Myre de Vilers et le prince Dewawongse-Varoprakar, a corrigé, dans une certaine mesure, cette fâcheuse erreur en stipulant le désarmement des deux provinces et la liberté de notre navigation sur le Mékong et sur le Grand Lac.

Les institutions politiques que nous avons trouvées au Cambodge n'étaient pas, à beaucoup près, comparables à celles de l'Anna m. Le gouvernement y consistait dans le despotisme absolu d une sorte de rajah indien , rr maître de la terre et de l'eau , des biens et des existences j>. Comme, en fait, il était surtout maître des emplois et dispensateur des largesses, que d'autre part sa volonté pouvait révoquer ses dons, et que ceux-ci n'étaient pas héréditaires, il s'ensuit que la vie politique du Cambodge se résumait à faire tous les jours, au palais, le siège de la faveur royale. L'histoire du royaume était celle du palais. Celle-ci était la très peu intéressante histoire des rivalités d'influence dans une cour asiatique, où les intrigues de harem tenaient une part trop considérable. La toute-puissance du souverain n'avait de contrepoids que dans une sorte de pouvoir théocratique, celui des bonzes, dont le chef résidait à Phnôm-Penh , et dans l'autorité morale que pouvait donner à certains personnages du royaume l'importance de leur clientèle. Pour être en posture plus favorable dans l'attente des largesses, et en meilleure sécurité contre l'éventualité des disgrâces, tous les hommes libres, entraînant avec eux leurs familles et leurs esclaves, au temps où il y avait des esclaves au Cambodge, s'affiliaient

à la suite d'un patron dont ils escomptaient le crédit, se l'attachaient par d'honnêtes attentions, et en recevaient en retour une protection appréciable. Cette organisation vicieuse faisait donc vivre aux dépens du pays une légion de parasites auxquels le roi et les grands du royaume devaient tous les matins la «sportule». On imagine qu'avec un pareil régime il ne pouvait être question d'intérêt général- Si le

; pays réussissait à vivre néanmoins , c'est que la généreuse inondation

de son fleuve faisait plus pour lui que son gouvernement, et lui assu-

• rait l'existence sans grand effort. C'est aussi que les traditions reli-

gieuses, la douceur naturelle du peuple cambodgien, celle même du Roi, tempéraient, en partie, ce que les institutions comportaient d'injuste et d'arbitraire.

On conçoit que, dans ces conditions, le Roi actuel du Cambodge, S. M. Noroudâm, ou Norodom, n'ait que médiocrement goûté Tinter-

vention européenne. Elle ne laissa pas de se présenter à lui sous des formes parfois déplaisantes, et l'entente ne fut pas toujours harmonieuse entre le Roi protégé et les divers représentants du protectorat. L'agent politique que le traité de 1 863 avait installé auprès de lui n'avait guère qu'un rôle de représentation. Au moment où notre action sur l'Annam et le Tonkin devint décisive, il parut qu'on devait faire au Cambodge un progrès] analogue, et le Gouverneur de la Cochinchine, alors M. Thomson, fut invité à monter à Phnôm-Penh et à faire accepter par le Roi la convention du 17 juin 1 884, signée quelques jours après le traité Patenôtre, et qui abolissait l'esclavage, ôtait à l'administration cambodgienne la perception des impôts, les douanes, les contributions indirectes, les travaux publics, toutes choses dont elle s'acquittait, à la vérité, fort mal; stipulait, en plus du Résident général, qui avait droit d'audience privée et personnelle auprès du Roi, l'existence de résidents français auprès des gouverneurs dans les provinces; fixait une liste civile au souverain; décla-

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